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& possédoient des terres qui leur áVoîentété données pour prix de leurs chansons,dans des occasions éclatantes, comme lesbatailles & les combats, ou par le pouvoirde leur enthousiasme, on n’avoit vu nifuyards, ni poltrons , ni aucun exemplede quelque mort ignominieuse. Ces terresou ces fiefs étoient exempts de toute es-pece d’imposition , &, dans les guerresnationales, on les refpectoit comme desasyles ; ce qui prouve que la religionétoit plus mêlée qu’on ne le pense danstout cela,’ & quoiqu’il ne soit parlé ni deculte , ni de dogme dans les poésiesd’Offian, cela n’empêche pas que \es bar-des n’aient été en quelque forte des prê-tres ; aussi Ammien Marcellin ( Lib. XV. )paroît - il les associer , au moins dans laGaule, aux eubages & aux druides, dontils portoient vraisemblablement l’habit,sur lequel on ne sauroit se former unenotion plus précise, qu’en consultant lesestampes de la magnifique édition deJules-César, par M- Clarke ; & le monu-ment , trouvé à Paris dans P église deNotre-Dame. Oncroit cependant que lebardocucuLLus , espece de vêtement fortgrossier & fort commode , étoit le plusgénéralement en usage parmi eux, & il ena même conservé le nom , à ce que soup-çonne Picard. ( •Celtopoedìa , l'b. IV. )
Les bardes de P Irlande avoient indé-pendamment de la possession des terres,dont nous venons de parler, le droit defe faire nourrir pendant six mois auxfraixdu public , alloient fe loger où ils lejugeoient à propos , & mettoient leshabitants à contribution dans toute l’éten-due de Pile, depuis la riviere d 1 Allhallou,juíqu’à Pextrêmité opposée.
On conçoit maintenant pourquoi cetteespece de ri meurs se multiplia presque àl’infini ; il y avoit tant de prérogativesattachées à leur état, & cet état favori-soit tellement la pareste, qu’il n’est pointsurprenant que beaucoup d’hommes Paientembrasté pour vivre fans rien faire , sinondes vers, dont la plus grande partie a dûêtre un absurde ramas de pieces indignesde voir le jour, même parmi des barbares.Cependant vers la fin du sixième siecle,Jprìque les abus devinrent frappants, &
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peut-étre intolérables, les Irlandoís dis-putèrent à beaucoup de ces gens-lâ ledroit qu’ils prétendoient avoir de fe fairenourrir pendant la moitié de l’année. Lesdisputes à cet égard produisirent enfin unedistinction entre les bardes auxquels onrefusa la nourriture, & ceux auxquels onne la refusa point: ceux-ci furent nommésclear-henchaine , terme qu’on ne peutrendre en írançois, que par le mot depoètes de Vancienne taxe, ou chantres deL'ancien tribut. Par-là on corrigea le mal,autant qu’on pouvoit le corriger alors ; ilparoît au reste que les bardes qui possé-doient des terres, les retinrent malgré laréforme, & qu’ils ne furent pas inquiétésà ce sujet. On croit même que des famillesencore existantes aujourd’hui , commecelle de Mac-i-Baird , font descenduesdes anciens possesseurs de ces terres-là ;car ce seroit se former une idée très-faustedes bardes , de croire qu’ils vivoientdansle célibat : ils ne formoient point uneclaííe séparée absolument du reste de lanation. II est vrai qu’ils ne combattoientpas souvent pour la patrie , mais ilscliantoient les combats, & préparoientla veille de faction un poème, qu’onnommoit en celtique brojnuha cath , ouinspiration militaire, & en tudesque be-geijìerung piim kriege. Les bardes don-noient eux-mêmes, avec des instrumentsde musique, le ton de ce chant. Et voilàproprement ce que Tacite ( de rnorib.German.) appelle barditum. Il nousparoît étrange que des peuples aient com-mencé à chanter au moment qu’ils étoientfur le point de fe battre ; mais on a re-trouvé cet usage chez tous les barbares,& sur-tout chez les sauvages de l’Améri-que, où un jongleur soufle au visage desguerriers, en commençant par le cacique,ia fumée d’une pipe allumée, en leurdisant : je vous Jòufle Vesprit de valeur \ensuite ils se mettent à chanter avec tantde force qu’ils s’étourdissent, & entrenten fureur , & c’est Je degré de cette es-pece de fureur, qui décide du sort de labataille. Or , il en étoit exactement demême chez les Germains : sunt illis hâteuoque carmina , quorum relatu , quemarditum vacant, accendunt animas , fi^