Band 
Tome quatrième.
Seite
581
JPEG-Download
 

BAT

Mot on range les feuilles en échelle, puis,avec un couteau d’acior, émouífé par lebout, & à l’aide d’une pince de boisléger, on les prend toutes quatre à qua-tre , & on les coupe en quatre partieségales, ce qui donne huit cents quatre-vingt-seize feuilles.

Cette division étant faite , on arrangeces huit cents quatre-vingt-seize feuillesavec des emplures de baudruche, efpecede peau bien déliée & bien plus fine que jle vélin. Cet assemblage s’appelle chau-dret. Le feuillet du chaudret a environcinq pouces en quarté , il est aussi debaudruche. Le chaudret s’enfourre com-me les cauchers. On bat environ deuxheures le chaudret ; & lorfqu’on s’apper-çoit que les feuilles défafleurent, la troi-sième opération est finie. On a à côté defoi un couffin couvert de peau de veau :on leve les feuillets de baudruche de lamain gauche , & de la droite on enleveavec une pince de bois les feuilles d'or ;on les rogne avec un couteau d’acier , &on les range par échelle fur le couffin ;on les divise en quatre parties égales,ce qui donne quatre fois huit cents qua-tre-vingt-seize feuilles d’or ; on divisece nombre en quatre portions d’environhuit cents feuilles chacune, & l’on ar-range ces huit cents feuilles d’or de lamaniéré suivante.

On prend deux feuillets de parche-min , vingt-cinq emplures de baudruche,une feuille d’or, & on les arrange ainside fuite jusqu’à huit cents inclusivement.Cet assemblage forme ce qu’on appelleun moule. Le chaudret, divisé en quatre,donne de quoi former quatre moules,qui fe travaillent l’un après l’autre.

La feuille du moule a la forme d’unquarré , dont le côté a six pouces : on lebat plus ou moins, suivant les circons-tances. On fe sert pour cela d’abord d’unmarteau rond qui pese sept à huit livres,ensuite d’un second marteau pesant qua-tre ou cinq livres ; & pour finir l’opé-ration on le sert d’un marteau qui pesedouze à quinze livres, & qu’on appellemarteau, à achever. Quand la batte estfinie, les feuilles défafleurent toutes , &pour lors il n’est plus question que de

en feuillesen or pâle

BAT 5 Sí

tirer l’or battu d’entre les feuilles dumoule , & de les placer dans les quarte-rons. Les quarterons font des livres devingt - cinq feuillets d’or ou d’argencbattu. Il y a des quarterons de petite &de grande messire : les premiers n’ontquetrois pouces en quarré, & les seconds enont quatre.

On distingue l’or battuen trois especes , en or fin ,ou verd , & en or commun. L’or fin estcelui qu’on emploie dans toute fa pu-reté , & comme il fort de l’affinage : î’orpâle ou verd est mélangé par once d’orde quatre gros de blanc ou d’argent :dans l’on ce d’or commun, il entre jusqu’àdouze grains de rouge ou de cuivre derosette, & six grains de blanc ou d’argent.

Sur chaque quatre onces d’or que l’onréduit en feuilles, il y a un déchet de dix-sept gros tant en lavures, rognures ouautrement ; mais cet or n’est pas tout-à-fait perdu pour les batteurs, puisqn’enrendant les rognures en poudre impalpa-ble , & en les broyant fur un marbreavec du miel , ils en font ce qu’on ap-pelle l’or en coquille dont on se sert pourdivers ouvrages.

Quoique l’opération du batteur d’orparoisse très-simple, puisqu’il n’est ques-tion , ce semble, que de battre ce métal,il y a cependant peu d’arts ou le savoir-faire soit aussi sensible ; tel ouvrier ha-bile , fait plus & de meilleur ouvragedans un jour , qu’un autre n’en fèroíede mauvais dans un jour & demi.

Les temps pluvieux & humides , leshivers nébuleux, humectent les vélins ,ramollissent les baudruches, & rendentle travail très-pénible. Quelles obliga-tions les batteurs d’or n’auroient-ils pasà la physique , si elle pouvoit trouverun jour quelque remede à tous ces incon-vénients !

Comme il n’est pas possible d’assujettirles ouvrages des batteurs d’or à la mar-que , leur communauté paie mille écusà la monnoie pour ce droit : on ne doitpas même craindre qu’ils mettent dansleur or plus d’alliage qu’il ne faut, parcsque le peu de profit qu’ils en pourroientretirer ne les dédommageait pas de h