BEÀ
seul rapport , est moindre ordinairementque celui qui résulte de la perception deplusieurs rapports. La vue d un beau visageou d’un beau tableau, affecte plus que celled’une feule couleur ; un ciel étoilé , qu’unrideau d’azur ; un paysage , qu’une cam-pagne ouverte ; un édifice , qu’ún terrainuni ; une piece de musique , qu’un son.Cependant il ne faut pas multiplier le nom-bre des rapports à l'infini ; & la beauténe fuit pas cette progreílion : nous réad-mettons de rapport dans les belles choses,que ce qu’un bon esprit en peut saisir net-tement & facilement. Mais qu’est-ce qu’unbon esprit ? où est-ce point dans les ouvra-ges en deçà duquel, faute de rapports , ilsfont trop unis, & au-delà duquel ils en fontchargés par excès ? Premiere source de di-versité dans les jugemens. Ici commencentles contestations. Tous conviennent qu’ily a un beau , qu’il est le résultat des rap-ports apperçus : mais selon qu’on a plusou moins de connoisiànce , d’expérience ,cfhabitude de juger , de méditer, de voir ,plus d’étendue naturelle dans l’efprit, ondit qu’un objet est pauvre ou riche, con-fus ou rempli, mesquin ou chargé.
Mais combien de compositions où l’ar-tiste est contraint d’employer plus de rap-ports que le grand nombre n’en peut saisir ;& où il n’y a guere que ceux de son art,c’est-à-dire , les hommes les moins dis-posés à lui rendre justice , qui connoiííenttout le mérite de ses productions ? Quedevient alors le beau ? Ou il est présentéà une troupe d’ignorans qui ne font pas enétat de le sentir , ou il est senti par quel-ques envieux qui se taisent ; c’est là sou-vent tout l’effet d’un grand morceau demusique. M. d’Alemhert a dit dans le dis-cours préliminaire de cet ouvrage , dis-cours qui mérite bien d’être cité danscet article , qu’après avoir fait un art Rap-prendre la musique, on en devroit bien faireun de l’écouter : & j’ajoute qu’après avoirfait un art de la poésie & de la peinture ,c’est en vain qu’on en a fait un de lire &de voir • & qu’il régnera toujours dans lesjugemens de certains ouvrages , une uni-formité apparente , moins injurieuse à lavérité pour l’artiste, que le partage dessentimens , mais toujours fort affligeante.Tome IV .
BEA 625
Entre les rapports on en peut distin-guer une infinité de sortes : il y en a quilé fortifient, s’aííoibiíílènt & íè tempè-rent mutuellement. Quelle différence dansce qu’on pensera de la beauté d’un objet,si on les saisit tous , ou si l'on n’en saisitqu’une partie ! Seconde source de diversitédans les jugemens. II y en a d’indéter-minés & de déterminés : nous nous con-tentons des premiers pour accorder lenom de beau toutes les fois qu’il n’est pasde l’objet immédiat & unique de la scienceou de sart de les déterminer. Mais si cettedétermination est l’objet immédiat & uni-que d’une science ou d’un art, nous exi-geons non seulement les rapports, mais en-core leur valeur : voilà la raison pour la-quelle nous disons un beau théorème , &que nous ne disons pas un bel axiome ; quoi-qu’on ne puistè pas nier que l’axiome ex-primant un rapport, n’ait auíïï fa beautéréelle. Quand je dis , en mathématiques ,que le tout est plus grand que fa partie,j’énonce assurément une infinité de pro-positions particulières , fur la quantité par-tagée ; mais je ne détermine rien íurl’ex-cès juste du tout fur ses portions ; c’estpresque comme si je difois : le cylindre estplus grand que la sphere inscrite , & laIphere plus grande que le cône inscrit.Mais l’objet propre & immédiat des ma-thématiques , est de déterminer de combienl’un de ces corps est plus grand ou pluspetit que l’autre; &c celui qui démontreraqu’ils font toujours eutr’eux comme lesnombre 3,2,1, aura fuit un théorèmeadmirable. La beauté qui consiste toujoursdans les rapports , fera dans cette occa-sion en raison composée du nombre desrapports , & de la difficulté qu’il y avoirà les appercevoir ; & le théorème quiénoncera que toute ligne qui tomba dusommet d’un triangle iíòcele sur le milieude ià base , partage sangle en deux angleségaux , ne fera pas merveilleux : mais celuiqui dira que les asymptotes d’une courbes’en .approchent fans cesse fans jamais larencontrer , & que les espaces formés parune portion de saxe , une portion de lacourbe , Pasymptote , & le prolongementa., 1-—sont entr’eux comme tel
courue, 1 aiyiupujL.. , ^ ^ _
de Pordormée , sont entr’eux comme telnombre à tel nombre, sera beau. Une
Kkkk