6;r BEA
tempête , ne laistent pas d’excíter en nous |le sentiment du beau , par cela íeul qu’ils >annoncent de grandes forces ; & au con-traire que l’intelligence étant celle des fa-cultés de la nature qui nous étonne le moins,peut-être à cause que siiabitude nous l’arendue trop familière , il faut qu’elle soittrès sensible & dans un degré surprenant,pour exciter en nous le sentiment du beau.Ainsi , quoique l’intention , le dessin ,l’industrie de la nature soient les mêmesdans un reptile & dans un roseau , quedans un lion & dans un chêne , nousdisons du lion & du chêne , cela e/Z beau !mouvement que n’excite en nous ni le. ro-seau , ni le reptile. Cela est si vrai queles mêmes objets qui semblent vils, lors-qu’on n’y apperçoit pas ce qui annoncedans leur cause une merveilleuse industrie ,deviennent précieux & beaux , dès que cesqualités nous frappent ; ainsi , en voyantau microscope ou f œil ou l’aile d’une mou-che , nous nous écrions , cela ejî beau !
Enfin dans la beauté par excellence ,dans le spectacle de l’univers , nous trou-verons réunis au suprême degré les troisobjets de notre admiration , la force , larichesse & l’intelligence ; & de l’idée d’unecause infiniment puissante, sage & féconde,c’est-à-dire, de Dieu , naîtra le sentimentdu beau dans toute fa sublimité.
Le principe du beau naturel une foisreconnu, il est aisé de voir en quoi con-siste la beauté artificielle ; il est aisé devoir qu’elle tient i°. à l’opinion que sartnous donne de l’ouvrier & de lui-même ,quand il n’est pas imitatif ; 2 °. à l’opinionque fart nous donne & de lui-même &de l’artiste & de la nature son modele ,quand il s’exerce à l’imiter.
Examinons d’abord d’où résulte le senti-ment du beau dans un art qui n’imite point ;par exemple , l’architeâure. L’unité , lavariété , ['ordonnance , la symmétrie , lesproportions & l’accord des parties d’unédifice , en feront un tout régulier ; maisfans la grandeur , la richesse ou f intelli-gence portées à un degré qui nous étonne,cet édifice sera-t-il beau ? Et sa simplicitéproduira -1 - elle en nous l’admiration quenous cause la vue d’un beau temple ou d’unmagnifique palais ?
BEA
| , Au contraire , qu’on nous présente unédifice moins régulier ; tel que le panthéon,ou le louvre ; sair de grandeur & d’opu-lence , un ensemble majestueux , un destinvaste, une exécution à laquelle a dû présiderune intelligence puiíîànte, shomme agran-di dans son ouvrage , sart rastëmblanttoutes ses forces pour lutter contre la na-ture , & surmontant tous les obstaclesqu’elle opposoit à ses efforts, les prodigesdes méchaniques étalés à nos yeux dans lacoupe des pierres , dans l’élévation des co-lonnes & des entablemens , dans la sus-pension de ce s voûtes, dans l’équilibre deces mastës dont le poids nous effraie &dont la hauteur nous étonne , ce grandspectacle enfin nous frappe , nous nousécrions , cela efl beau ! La réflexion vientensuite • elle examine les détails , elleéclaire le sentiment , mais , elle ne ledétruit pas. Nous convenons des défautsqu’elle observe ; nous avouons que la façadedu panthéon manque de symmétrie, que lesdifférons corps du louvre manquent d’en-sembíe & d unité. Plus régulier , cela seroitplus beau fans doute. Mais qu’est - ce quecela signifie ? Que notre admiration déjaexcitée par la force de fart & fa magni-ficence , seroit à son comble , si finteili-gence y régnoit au même degré.
Je ne dis pas qu’un édifice où les forcesde fart & ses richesses seroient prodiguées ,fût beau s’il étoit monstrueux , ou bizarre-ment composé. L’intelligence y peut man-quer au point que le sentiment de beautésoit détruit par l’effet choquant du désor-dre : car il n’en est pas ici de fart commede la nature. Nous supposons à celle - cides intentions mystérieuses : accoutumés àne pas pénétrer la profondeur de ses des-seins , lors même qu’elle nous paroît aveugleou folle, nous la supposons éclairée & sage ;& pourvu que dans ses caprices & dans se»écarts elle soit riche & forte , nous latrouverons belle ; au lieu qu’en interro-geant fart, nous lui demanderons pour-quoi , à quel usage il a prodigué ses ri-chesses , ou épuisé ses efforts? Mais encela même , nous sommes peu séveres ;& pourvu qu’à ['impression de grandeurse joigne f apparence de l’ordre , c’en estassez : la force & la richesse sont dp
côté