Band 
Tome quatrième.
Seite
633
JPEG-Download
 

BEA

côté de l’art les premieres sources dubeau.

Du reste , il ne faut pas confondre l’idéede force avec celle d’eíFort : rien au monden’est plus contraire. Moins il paroît d’efFort,plus on croît voir de force ; & c’est pour-quoi la légèreté , la grâce , l’élégance , f airde facilité, d’aisance dans les grandes cho-ses , font autant de traits de beauté.

II ne faut pas non plus coníòndre unevaine ostentation avec une sage magnifi-cence : celle-ci donne à chaque chose larichesse qui lui convient ; celle-là s’empresseà montrer tout le peu qu’elle a de richesses,fans discernement ni réserve , & dans faprodigalité décele son épuisement.

Ces colifichets dont l’architecture go-thique est chargée, ressemblent aux coliers& aux bracelets qu’un mauvais peintreavoir mis aux grâces. Ce n est point là dela richesse , c’est de Pindigente vanité. Cequi est riche en architecture , c’est le mé-lange harmonieux des formes , des saillies& des contours ; c’est une symmétrie engrand , mêlée de variété ; c’est cette belletouffe d’acanthe qui entoure le vase de Cal-limaque ; c’est une frise où rampe une vigneabondante , ou qu’embraffe un faisceau dechêne ou de laurier. Ainsi Pair de simpli-cité & d’économie ajoute à l’idée de force& de richesse, parce qu’il en exclut l’idéed’effort & d’épuisement. II donne encoreaux ouvrages de l’art comme aux effetsde la nature , le caractère d’intelligence.Un amas d’ornemens confus ne peut avoirde raison apparente ; une variété bizarre,& sans rapport ni symmétrie , comme dansl’Arabefque ou dans le goût Chinois, n’an-nonce aucun destin.

L’intention d’un ouvrage , pour être sen-tie , doit être simple ; & indépendammentde ^'harmonie qui plaît aux yeux commea l’oreille , sans qu’on en sache la raison >une discordance sensible entre les partiesd’un édifice , annoncent dans Partiste dudélire & non du génie. Ce que nous ad-mirons dans un beau dessin , c’est cetteimagination réglée & féconde , qui conçoitun ensemble vaste , & le réduit à l’unité.

On voit par - là rentrer dans l’idée dubeau , celle de régularité , d’ordre , d esymmétrie , d’unité , de variété, de pro-Tome IV.

BEA 63 5

portion , de rapports, de convenance ,d’harmonie ; mais on voit aussi qu’elles nefont relatives qu’à Pintelligence , qui n’estpas la feule , ni la premiere cause de Pad-miration que le beau nous fait éprouver.

Ce que j’ai dit de Parchitecture , doits’appliquer à l’éloquence , à la musique , àtous les arts qui déploient de grandes forcesSc de prodigieux moyens. Qu’un orateur ,par la puisiànce de la parole , bouleversetous les esprits , remplistb tous les cœurs dela passion qui fanime , entraîne tout unpeuple , Pirrite , le soulevé , Parme & ledésarme á son gré ; voilà dans le génie Srdans Part, une force qui nous étonne , uneindustrie qui nous confond. Qu’un musicien ,par le charme des sons, produise des effetssemblables ; Pempire que son art lui donnefur nos sens nous paroît tenir du prodige ;& delà cette admiration dont les grecsétoient transportés aux chants d’Epíménideou de Tyrtée , & que les beautés de leurart nous font éprouver quelquefois.

Si au contraire l’imprestion est trop foi-ble, quoique très-agréable, pour exciteren nous ce ravissement , ce transport ,comme il arrive dans les morceaux d’ungenre tempéré ; nous donnons des élogesau talent de Partiste , & au doux prestigede Part ; mais ces éloges ne sont pas le crid’admiration qu’excite en nous un traitsublime , un coup de force & de génie.

Passons aux arts d’imitation : ceux-ci ontdeux grandes idées à donner, aulieu d’une,celle de la nature imitée, & celle du génie ■imitateur.

En sculpture , P Apollon , 1 Hercule ,PAntinoiis , le Gladiateur, la Vénus , hDiane antique ; en peinture les tableauxde Raphaël , du Ccrrege & du Guide ,réunifient les deux beautés. 11 en est demême en poésie , quand la nature du côtédu modelé , & l’imitation du côté de l’art,portent le caractère de force , de richesseou d’intelligence au plus haut degré. Ondit à la fois , du mpdele & de Pimitation ,cela ejl beau ! & l’étonnement fe partageentre les prodiges de Part & les prodigesde la nature.

On doit fe rappeller ce que nous avonsdit du beau moral ; la force en fait lecaractère. Ainsi le crime même tient du

t r 11