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Tome quatrième.
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est vive , & qu’on supposé une grandedifficulté à lavoir saisie , fait dire encorede limitation , qu’elle est belle , quoiquele modele ne soit pas beau. Mais fi l’objetnous semble , ou trop facile à peindre ,ou indigne d’être imité , le mépris , ledégoût s’en mêlent ; le succès même dutaLnt prodigué ne nous touche point ; &tandis que le pinceau minutieux de GérardDow nous fait compter les poils du lievre,lans nous causer aucune émotion , lecrayon de Raphaël en indiquant d’un traitune belle attitude , un grand caractère detête , nous jette dans le ravissement.

II en est de la poésie comme de lapeinture : quel effet se promet un pénibleécrivain , qui pâlit à copier fidèlement unenature aussi froide que lui ? Mais que lemodele soit digne des efforts de l’art, &que ces efforts soient heureux ; les deuxbeautés se réunissent, & l’admiration estau comble, 'ouvrage même peut êtrebeau , sans que l’objet le soit, si l'intentionest grande & le but important : c’est cequi éleve la comédie au rang des plusbeaux poèmes ; & ce qui mérite à l’apo-Jogue ce sentiment d’admiration que lebeau seul obtient de nous.

Que Molière veuille arracher le mas-que à shypocrisie ; qu’il veuille lancersur le théâtre un censeur âpre & rigoureuxdes vices crians de son siécle que laFontaine , sous l’appât d’une poésie at-trayante , veuille faire goûter aux hommesla sagesse & la vérité , & que l’un &l’autre aient choisi dans la nature les plusingénieux moyens de produire ces grand;effets , tout occupés du prodige de l’art.& du mérite de l’artiste , nous nou;écrions , cela efl beau ,- & notre admira-tion se mesure aux difficultés que Fartistea âu vaincre , & à la force de géniequ’il a fallu pour les surmonter.

Delà vient que dans un poème , de:vers où l’énergie , la précision , l’élégancele coloris & l’harmonie se réunifient sarteffort , sont une beauté de plus, & unibeauté d’antant plus frappante , qu’on scnmieux l’extrême difficulté de captiver ainsla langue , & dé la plier à son gré.

Delà vient aussi que si sart veut s’aide:de moyens naturels pour faire son illu

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sion , & pour produire ses effets , il re-tranche de ses beautés , de son mérite &de sa gloire. Qu’un décorateur emploieréellement de seau pour imiter une cas-cade , sart n’est plus rien , je vois la na-ture en petit, & cnétivement présentée.Mais qu’avec un pinceau , ou les plis d’unegaze , on me représente la chiite des eauxde Tivoli, ou les cataractes du Nil , ladistance prodigieuse du moyen à I’effètm’étonne & me transporte de plaisir.

Il en est de même de {'éloquence : iíy a de l’adrefiè , sans doute , à présenterà ses juges les enfans d’un homme accusé ,pour lequel on demande grâce , ou à dé-voiler à leurs yeux , les charmes d’unebelle femme qu’ils alloient condamner ,& quon veut faire absoudre. Mais cet artest celui d’un adroit corrupteur , ou d’unsolliciteur habile ; ce n’est point sart d’unorateur. Les dernieres paroles de César,répétées au peuple Romain, sont un traitd’éloquence de la plus rare beauté ; farobe ensanglantée, déployée sur la tri-bune , n’est rien qu’un heureux artifice.A ne comparer que les effets, un char-latan l’emportera fur sorateur le plus élo-quent ; mais le premier emploie des moyensmatériels , & c’est par les sens qu’il nousfrappe ; le second n’emploie que la puis-sance du sentiment & de la raison , c’estlame & l’esprit qu’il entraîne ; & si on nedit jamais du charlatan , qu’il fait de belleschoses, quoicju’il opéré de grands effets,c’est que ses moyens trop faciles n’an-noncent, du côté de l’art & du génie,aucun des caractères qui distinguent lebeau y tandis que les moyens de l’ora-teur, réduits au charme de la parole,annoncent la force & le pouvoir duneame qui maîtrise tontes les âmes par sas.Cendant de la pensée , ascendant mer-veilleux , & l’un des phénomènes les plusfrappans de la nature.

Le pathétique , ou {'expression de lasouffrance , n’est pas une belle chose dansson modele. La douleur d’Hécube, lesfrayeurs de Mérope , les tourmens de Phi-loctete , le malheur d’íEdipe ou d’O-reste n’ont rien de beau dans la réalité,& c’est peut-être ce qu’il y a de plus beaudans {'imitation: beauté d’effet , prodige

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