Band 
Tome sixième.
Seite
208
JPEG-Download
 

208 .. ÇAN

cot attentat lui inspiroit,fe servit encore deStréon pour affermir son empire. II res-toit deux foibles rejetons de la tige royale :Canut trop généreux pour leur ôter la vie,trop ambitieux pour leur laiíïèr leur patri-moine , assembla les grands de la nation ,demanda l’autre moitié de l’Angleterre,avec plus d audace qu’il n’avoit conquis lapremiere, arracha le consentement desseigneurs, éloigna les eníans d’Edmond ,& fut reconnu roi de toute la Grande-Brc-tagne. Dés qu’il n’eut plus d’ennemi à com-battre, il devint le plus doux des hommes,rétablit les anciennes loix saxonnes, enfiit le premier esclave , favorisa l’agricul-ture, fit régner l’abondance dans les villes,versa ses bienfaits fur le peuple ; & pourachever la conquête de tous les cœurs , ilfit trancher la tête à ce même Stréon , quiavoit apporté à ses pieds celle de son con-current , & épousa la reine Emme, veuved’Ethelred.

Cependant les Danois s’ennuyoient deson absence ; I’abandon où il les laiísoitleur parut une insulte ; une indignationgt-nérale s’empara bientôt de ces âmes fie-res, que sombre même du mépris révol-toit. Canut , pour les calmer , fit une ap-parition dans ses états, & retourna en An-gleterre >, ne laissant à fa place en Dane-marck qu’un fantôme de roi :c’étoit Canutfíorda , son fils. Ulfon , beau-frere deCanut , étoit chargé de la conduite dujeune prince ; celui-ci avoit les talens d’unministre , & l’ambition d’un conquérant.II échauffa par de sourdes menées , lemécontentement qu’excitoit l’ablence dupere , & fit nommer le fils pour régnerfous son nom. Canut , poslèsseur de deuxroyaumes, qui ne pouvoit quitter l’un ,lans hasarder la perte de l’autre , méditacependant la conquête d’un nouvel empire.Son peie avoit soumis une partie de laNorwege ; Olaiis , prince du sang des an-ciens rois, y étoit rentré. Canut lui en-voya des ambassadeurs pour lui redeman-der son patrimoine : en le réclamant, ildesiroit qu’on le lui refusât, afin d’avoirun prétexte pour conquérir le reste de laNorwege. Sa politique réussit : la guerrefpt déclarée. Olaiis secouru par Amund ,roi de Sucde, entra dans la Zelande. Cu-

C A N

nut repassa en Danemarck avec une Hotte& une armée formidables, fit aííàstinerUlfon, qui avoit été fauteur de la révo-lution , pardonna à son fils qui n’en avoitété que l’instrument, marcha comte lesprinces ligués , leur prêt enta la batailledans la Scanie, fut vaincu , r assembla sestroupes fugitives , détacha Amund de l’al-liance d’Olaiis, fût vainqueur à son tour ;& tandis que le prince détrôné cherchoitun asyle en Russie, il soumit ‘toute laNorwege , reçut les hommages des habi-tans , leur donna un vice-roi, revint enDanemarck, & fit couronner son fils versl’an 1028 , pour prévenir une seconde ré-volution. Olaiis rappellé en Norwege parun parti foible que son imprudence affoi-blit encore, hasarda un combat , fut vain-cu , & ne survécut point à sa défaite. L’é-glise l’a placé au rang des saints. On ditqu’il faisoit des miracles en Russie , tan-dis que Canut faisoit des conquêtes enNorwege. Dans la derniere action , il ren-voya tous les païens de son armée, depeur qu.ils n’attirassent fur elle la colèredu ciel. II fut battu le 29 juillet 1030.

Canut rassasié de triomphes & de gloire,ne trouvant plus de plaisirs nouveaux dansune cour barbare , & dans un pays disgra-cié de la nature, se jeta dans la dévo-tion , peut-être pour jeter quelque va-riété fur l’ennuyeuso uniformité de lâ vie,Le conquérant de la Norwege & de l’An-gleterre devint le courtisan des moines.La manie des pèlerinages , épidéniiquealors, s’empara de ce prince ; il alla àRome ; & ses sujets, qui lui avoientfait un crime de son séjour en Angle-terre , lui pardonnèrent un voyage long ,dispendieux, & dont il ne rapporta quedes bulles. II repassa en Angleterrre, & ymourut entre les bras des prêtres en 103 Ç-II espéroit , en comblant l’église de bien-faits , expier tant d’injustices : Edmonddépouillé de la moitié de sos états , ses deuxenfans privés de l’autre moitié, Olaiischassé de son patrimoine, Ulfon mortsous les coups de poignard, tandis qu’onpouvoit le faire périr sous’ le glaive desloix. II en avoit formé un code qui sefen-toit de l’ignorance de son fiecle ; on enpeut juger par çet article : " Si un homme