Band 
Tome sixième.
Seite
217
JPEG-Download
 

CAN

« pour acheter le droit de vous faire la«guerre; il est juste que je rentre dans,, mon patrimoine. Henri paya cette som-,, me ; Nicolas la reçut, & la rendit a« Canut ». Mais elle n’entra dans les mainsde ce prince que pour pastèr dans celles duVandale ; Canut la lui restitua & fe crutheureux , au prix de fa fortune, d’avoiracquis de la gloire & un ami.

Par ce récit on peut juger d’après quelsprincipes le duc de Slefwick gouverna sesétats : cependant on conspira contre lui ;& ce qui est plus étonnant encore , tandisqu’on vouloir attenter à ses jours , on l'ac-cusoit de vouloir attenter à ceux de Nico-las. Soit que ce prince fût allé'/ crédulepour fe laistèr séduire par une calomnie sigrossière., l’oit qu’il saisit l’occasìonde per-dre un héros dont les vertus & la gloire ir-ritoient fa jalousie , Canut no put fe justi-fier aux yeux de Nicolas, qui le croyoitcoupable ou feignoit de le croire. II ve-noit de recevoir les derniers soupirs de lareine Marguerite qui l’avoit défendu avecautant de courage que de sagesse ; aban-donné seul au milieu de ses ennemis, citédevant une cour qui l’estimoit & la haïí-ioit, accusé par le roi d’avoir affecté unemagnificence royale , de s’ctre élevé untrône dans le duché de Slefwick, & d’avoirvoulu usurper la couronne de Dancmarck,il répondit avec autant de force que de no-blesse. Ce qui animoit davantage Nicolascontre lui, c’est que Henri, avant de mou-rir, l’avoit désigné pour son successeur, &qu’après fa mort tous les Vandales , & parrespect pour les dernieres volontés de leurmaître , & par estime pour les hautes qua-lités de Canut, lui avoientmis la couronnefur la tête: on lui faifoit un crime de sa-voir acceptée. " Mais quoi, difoit Canut," Magnus régné dans l’Ostrogothie , & la« calomnie ne va point l’attaquer fur son" trône? Pourquoi sois-je seul exposé à sesr, traits ? Est-ce aux dépens de la puissance» du roi que j’ai augmenté la mienne?j) N cít-il glorieux pour lui de comp-t> ter des rois parmi sos vastàux? Suis-je» moins sujet en Danemarck, pour être« souverain dans la Vandalie ? Si le roi aM quelque guerre à soutenir , c’est alors» qu’il verra ce que vaut un sujet couron-Tome VU

CAN 217

>5 né ; tous mes vastàux seront les siens ,» & tous les Vandales périront avec moi,» s’il le faut, pour la défense du Danemarck.

, Nicolas parut touché de ces raisons : maisbientôt il chercha un prétexte pour rom-pre avec Canut ; la haine en trouve tou-jours assez : il anima contre lui Magnus sonfils, à qui la puissance de ce prince don-noit de l’ombrage ; fa perte fut résolue,le complot fut formé. II étoit aisé à Canutd’en découvrir la trame ; mais il étoit tropgrand pour s’abaisser à des soupçons. Mag-nus lui demande une entrevue dans unbois près de Rhingstat ; des assassins yétoíent cachés, Magnus attendoit son en-nemi , Canut arrive seul & court l’embras-ser ; mais il apperçoit une cuirasse & desarmes sous le manteau du prince ; il en té-moigne fa surprise. " J’ai résolu , dit Mag-» nus, de punir de ma propre main un» vastàl insolent, & c’est pour cela que je» me suis armé. Qui , vous , dit Canut ,» vous abaislèr jufqu’à frapper un malheu-y> rcux ? C’est la fonction des bourreaux ,>, celle des rois est de pardonner : je vous,, demande la grâce du coupable, & je me„ jette à vos genoux pour lui ». Canutne se fût point abaissé jufques-là, s’il avoitsu que le poignard étoit préparé pour lui-même. Magnus le releve, & le prie de s’asoseoir auprès de lui. " A qui, lui dit-il, ap-,, partient le royaume de Danemarck ?...„ A votre pere.... Vous voulez I’ufur-„ per tout entier ; mais votre ambition» rencontrera des obstacles. Croyez-moi,„ partageons aujourd’hui ce royaume en-„ tre nous.... II n’est ni a vous ni à moi,» il est à Nicolas, nous ne pouvons le» partager sons crime. » ... En parlantainsi, la fureur de Magnus s’allumoitpar degrés, ses yeux étinceloient. Je l’au-rai, dit-il, ce royaume; ce jour va m’enamirer la possession. Cependant les aslàssinssortent de leur retraite. Magnus porte lepremier coup, so troupe en furie fe jettefur Canut mourant, le mutile, le déchire ,& abandonne son cadavre aux bêtes féroces.

Ce forfait ne resta pas impuni, le peu-ple indigné ne regardoit Magnus qu’avechorreur. Harald & Eric l’aiiimoient â lavengeance, en lui montrant, au lieu des dra-peaux , lçs habits songlans dc leur malheu-

E c ' ‘ '