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Tome sixième.
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rroit parfaitement le caractère a un som-me , seroit en état de prédire les senti-mens, ses actions , & tous les comporte-mens dans chaque cas déterminé : car lesparties intégrantes du caractère , s’il eftpermis de s’exprimer ainíì , renfermentles raisons de chaque action, de chaquevolition. Toutes les impulsions de l’ameprises ensemble , chacune selon sa mesuredéterminée, chacune modifiée par le tem-pérament de la personne, par son éduca-tion , par ses lumières ,par I’esprit destinctà & de son siecle, composent le carac-tère de Phomme, qui décide de sa façon delençjr & d’agir. Un personnage dont leslentimens, les discours, les actions ne s’ex-pliquent point par le caractère qu’il a an-noncé , ou qui n’indiquent point ce ca-ractère inconnu jusques là ; un tel person-nage n’a point de caractère réel ; il agit auhasard, & ce n’est que fortuitement qu’ilse détermine. II en est des forces de l’amccomme de celles du monde visible. On doity supposer un rapport très-précis d’égalitéentre l’effet & fa cause. Un guerrier tou-jours prêt. à se battre seul contre une trou-pe qombreuse , qui met en déroute desarmées entieres, exprime très-mal le ca-ractère de la plus haute valeur. C’est unetre fantastique, qui n’a de réalité que dansl’imagination déréglée du poëte. De mémesi dans un roman l’on nous peint un hérosqui par-tout où il porte ses pas, répand desdons avec une profusion royale, qui enri-chit des familles entieres, ces actes de gé-neiofite ne nous touchent que bien foi-blement, píucc cjne nous ne voyons pointla source d’où le héros puise. Comme lesvrais miracles font ce qu’il y a de moinsmerveilleux pour nous, parce que nousn av ons aucune notion des forces qui les"Perent, il en faut dire autant de tout acte1 es ^rces de l’homme, dont rien n’indi-queroit la p°(TibiIité & la raison.

, - e ,, "°P, C très-eísentiel nue le poëteevite d attr,b ller à ses personnages, de

f arbitraire, du romanesque ou du gigan-te.que. Ces choses ne se trouvent dans au-cun caractère. Si le peintre est astreint àsinvre la nature, s il doit non-feulementne donner a chaque arbre q ue l’espece de«eurs & de fruits qui lui est proprc ^ais

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encore ne le point placer arbitrairementailleurs qu’aux endroits où la nature leproduit, le poëte doit s’impolër la mêmeréglé dans les actions do ses personnages ;elles sont des esters austi naturels du ca-ractère , que les fleurs & les fruits le fontde la nature particulière de l’arbre.

II ne suffit pas même que chaque senti-ment, chaque discours, chaque action aitune vérité générale de caractère , il fautencore que tout ait la nuance précise quirépond aux modifications individuelles dupersonnage ; car nul homme n’a simple-ment le caractère général d’un certaingenre. Le poëte ne doit pas imiter ces an-ciens livres de chevalerie, où tous les hé-ros n’ont qu une même bravoure ; il doitprendre ici Homere pour son modele.Autre est la valeur d’Achille , autre celled’Hector, autre celle d’Ajax, & autre en-core celle de Diomede. Comme à l’ongleseul on rbeonnoît le lion , qu’auíli à chaquediscours on reconnoiíle le personnage ,puisque tout ce qui lui est personnel con-tribue à déterminer son caractère précis.

Trois genres différens de circonstancesconcourent à modifier le caractère. D’a-bord la nation & le siecle ; ensuite l’âgela maniéré de vivre & le rang ; enfin legénie , le tempérament, en un mot l’indi-viducl ; Pinfluence de ces trois causes doitdonc se faire sentir toutes les fois que lecaractère se développe. II est par consé-quent bien difficile de tracer des caractèresexacts, lorsqu’on choisit ses personnagesdans des siécles reculés , & chez des na-tions peu connues. Oííian dcpeignoic despersonnes de ton tems, de fa nation , del’on rang , & en partie même de fa propremaison ; il lui étoit aisé dc mettre beau-coup de justesse dans ses caracteies. Ho-mère encore a pris ses personnages dansun siecle peu éloigné du sien , & chez unenation qui ne lui etoit pas étrangère. Vir-gile n’a pas eu cet avantage, & l’on apper-coit déjà sensiblement dans YEneide , quele poëte n’a pas pu saisir tout-à-fàit le sie-cle , les mœurs & l’état de ses personna-ges. L’auteur de la Noachide , ayant placéfaction dans des tems si reculés, & dontlesrnœurs s’éloignent si fort des nôtres , aeu besoin de la plus gronde circonspection.

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