/
292 ^ _ CAR
II a néanmoins été très-heureux dans sescaractères ; & même lorsqu’il inséré à des-sein dans Ion poème des événemens desf celés postérieurs , il a fil leur donner levernis de l’époque où il les place. Klops-rock est pareillement admirable dans l’artde saisir les mœurs & la façon de penserdu siécle de sa MeJJìade.
De grandes actions épiques, qui embras-sent plusieurs personnages distingués, exi-gent aussi une grande variété dans les ca-ractères. Mais cette variété ne doit pas sim-plement résulter de la diversité essentielledu caractère , telle qu’on la trouve parexemple dansl 'Iliade, entre Achille, Nes-tor & Ulysse , qui n’ont pas un seul traitde conformité ; il faut encore que des ca-ractères essentiellement les mêmes, soientdiversifiés par d’agréables nuances q\ii ti-rent leur origine de I’àge ; du génie, dutempérament, ou d’autres modificationsaccidentelles des différons personnages.
Ceux qui diffèrent dans les principauxtraits font d’un grand usage , lorsqu’en rap-prochant dans d’égales conjonctures descaractères opposés , on les fait contraster.Ce contraste fait ressortir chaque caractèreavec d’autant plus de force qu’on place unsournois à côté d’un homme franc & ou-vert ; un téméraire , un emporté, â côtéd’un homme prévoyant & circonspect ; iln’est pas douteux que toutes les démarchesde î’un frapperont d autant plus qu’on les
comparera aux procédés de Tautre.
Une observation qui n’est pas à négligerici, c’est qu’il est très - avantageux d’in-troduire quelque personnage qui appuie ouqui dirige notre jugement sur la conduitedes principaux acteurs. Quand, par exem-ple, dans un des momens les plus intéref-ians, les premiers personnages font tousagites par u es paissons violentes, il est bonqu il y en ait d autres qui conservent assezde sang-froid peur juger sainement & avecsagacité de ce qui se passe sous leurs yeux.En> effet, jamais les décisions de la raisonréagissent avec plus de force fur nous, quelorsque nous la voyons contraster avec uneadmiration outrée, ou avec une aversionviolente. Daus h Richard de Shakespéar,quand tous les personnages excités par les(ureursde ce tyran, sont animés contre lui
CAR (
de I’horreur la plus véhémente, il ne man-que qu’un homme de sens rassis, qui ajouteà l’impreísion que l’émotion des autresfait fur nous, par l’énergie impartiale &réfléchie avec laquelle il prononceront ionjugement.
Au reste, par ce que nous venons dedire du contraste des caractei es j & enparticulier du contraste des passions avecla raison, nous ne prétendons pas insinuerque chaque caractère doive être accompa-gné de son opposé , comme un corps l’estde son ombre : cela sentiroit la gène &safsectation. On peut introduire des carac-tères fans les faire contraster par d’auppes,& ceux qui contrastent ne doivent pas êtreinséparablement liés entr’eux. Un poètejudicieux íaura ménager les contrastes , demaniéré qu’on n’y apperçoive ni art nicontrainte , & qu’ils ne soient employésqu’á donner plus de force & de vivacitéaux impressions principales qu’on se pro-pose de produire au moyen des caractères.
Un des critiques modernes, qui fe dis-tingue le plus par la sagacité & la profon-deur de ses recherches , veut que dans lapoésie dramatique on place le contraste »non dans supposition des caractères , maisdans supposition du caractère avec la situa-tion de facteur. 11 fait à ce sujet , dans sonexcellent traité de la Poésie dramatique yplusieurs remarques très-fines & très-ioli-des fur l’incongruité des caractères con-trastés. Mais au fond , ces réflexions netombent, ce me semble , que fur l’abus& l’excès de ces caractères. Le poète doitfans doute placer ses personnages dans dessituations qui, par leur variété & leur op-position , servent à développer & à mettreau grand jour leur caractère ; il doit éga-lement éviter d’afsoiblir l’attentien duspectateur pour l’undes principaux carac-tères , en lui en opposant un autre égale-ment intéressant; mais celan’empéchepasqu’il ne puisse contraster le principal ca-ractère , pour le faire ressortir avec plusde force , pourvu qu’il le fasse adroite-ment , &c d une maniéré judicieuse-
Quelques critiques, & de ce nombre estShafftesbury , ont soutenu qu il salloit ex-clure du drame & de l’épopée tout carac-tère parfait. Si on l’cntend d’un degré de