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Tome sixième.
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apprend encore qu’il étoit íì inégal dans

son marcher, qu’on le prenoit sans doute

f >our un fou. Quelquefois il marchoit fortentement, & en homme qui étoit dansune profonde méditation ; 6c puis toutd’un coup il doubloit le pas avec des pos-tures bizarres. II fe plaisoit dans Bologneà fe promener sur un chariot à trois roues.Enfin l’on ne sauroit mieux représenter lasingularité de ce philosophe que par cesvers d’Horace , que Cardan avoue lui con-venir très-bien.

Nil arquait homini fuit illi : sxpe veluequi

Currebatfugiens hofiem , perfxpe veluiqui

Junonis sacra ferret : habebat sxpe du-centos ,

Sccpe decem fervos, &c.

Quand la nature ne lui faisoit pas sentirquelque douleur , il se procuroit lui-mèmece sentiment désagréable, en se mordantles levres, & en fe tiraillant les doigtsjusqu’à ce qu’il en pleurât. II n’en usoitainsi , difoit-il , que pour tempérer dessaillies ou des impétuosités d’esprit si vio-lentes , qu’elîes lui étoient plus insuppor-tables que la douleur même, & pour mieuxgoûter ensuite le plaisir de la santé. EnfinCardan allure qu’il étoit vindicatif, en-vieux , traître, sorcier, médisant, calom-niateur , abandonné aux plus sales 6c auxplus exécrables excès que l’on puiflè imagi-ner. D’un autre côté, il n’y a jamais eu per-sonne qui ait eu si bonne opinion de soi-même , & qui se soit tant loué que Cardan.Voici quelques-uns des éloges qu’il fe donne.

Nousavons été admirésdeplusieurspeu-» pies. On a écrit une infinité de choiesr> a ma louange, tant en vers qu’en prose.j> Je nus né pour dtlivrer le monde d une,) infinité d’erreurs. Ce que j’ai inventé„ n’a pu être trouvé par aucun de mes« contemporains, ni par ceux qui ont„ vécu avant moi ; c’est pourquoi ceux qui)> écrivent quelque chose digne d’êrre dans„ la mémoire des hommes , n’ont pas„ honte d’avouer qu’ils le tiennent de moi.„ J’ai lait un livre de dialectique où il n’yw a pas une lettre de superflue; & qu il

C A R

n’en manque aucune. Je l’ai achevé dans», sept jours, çe qui semble un prodige. A„ peine se trouvera-t-il quelqu’un qui puisse», se vanter de savoir bien entendu dans„ un an ; & celui qui saura compris fem-», blera avoir été instruit par un démon»» familier. Natura mea in extremitate», humante fubflanticc condition'jque } &», in confinio immortalium posta. »,

Si son considéré dans Cardan les qua-lités de l’eiprit, on ne sauroit nier qu’il nefût orné de toutes sortes de connoistan-ces , 6c qu’il n’eut fait plus de progrès dansla philosophie, dans la médecine , danssastronomie, dans les mathématiques, &c.que la plupart de ceux même qui de ionterns ne s’étoient appliqués qu’à une feulede ces sciences. Scaliger , qui a écrit contreCardan avec beaucoup de chaleur, avouequ’il avoit un esprit très - profond , très-heureux, 6c même incomparable ; de fortequ’on ne peut s’empêchqr de convenir queson ame ne lût d’une trempe singuliers.Voye\ ALGEBR.Es

Quelques-uns font accusé d’impiété, &même d’athéisme : en effet, dans son livrede subtilitate , il rapporte quelques dog-mes de diverses religions, avec les argu-mens dont on les appuie ; il propose les rai-sons des païens, des juifs, des mahomé-tans , & des chrétiens ; mais celles deschrétiens font toujours les moins fortes :cependant en lisant le livre que Cardan acomposé de vita propria } on y trouveplus le caractère d’un homme superstitieuxque celui d’un esprit fort. II est vrai qu’ilavoue qu’il n’étoit guere dévot, parumpius ; mais il allure aussi qu’encore quenaturellement il lût très-vindicatif, iî né-gligeoit de fe venger, quand l’occaíìon s’enprésentoir ; il le négligeoir , dis-je, parrespect pour Dieu , Dei ob vtnerationem.11 n’y a point de prière, dit-i!, qui vaillele culte que son rend à Dieu , en obéis-'sant à sa loi contre le plus fort penchantde la nature. II se vante d’avoir refused’Edouard, roi d’Angleterre , une sommeconsidérable que ce prince lui octroi t, acondition qu’il lui donneroit les titres quele pape lui avoit o tés. Enfin son ne peutrien voir de plus solide n.i de plus sage queles réflexions qu’il Lit dans son chap. u,

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