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Tome sixième.
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on pour établir des sûretés dans le com-merce de la vie, permettent qu’on fassedes vœux ou des contrats qui obligentceux qui les font à persévérer dans leur en-treprise : mais ne voyant rien au mondequi demeurât toujours dans Je même état,& se promettant de perfectionner son ju-gement de plus en plus, il auroit cru of-fenser le bon sens, s’il se fût obligé à pren-dre une chose pour bonne, lorsqu’elle au-roit cessé de l’être, ou de lui paroître telle,sous prétexte qu’il l’auroit trouvée bonnedans un autre tems.

A l’égard des actions de fa vie, qu’il necroyoit point pouvoir souffrir de délai,lorsqu’il n’étoit point en état de discernerles opinions les plus véritables, il s’attachoittoujours aux plus probables. S’il arrivoitqu’il ne trouvât pas plus de probabilité dansles unes que dans les autres, il ne laiílòitpas de se déterminer à quelques-unes, &de les considérer ensuite, non plus commedouteuses par rapport à la pratique, maiscomme très-vraies & très-certaines ; parcequ’il croyoit que la raison qui l’y avoir faitdéterminer se trouvoit telle : par ce moyen,il vint à bout de prévenir le repentir & lesremords qui ont coutume d’agiter les es-prits foibles & chancclans, qui se portenttrop légèrement à entreprendre, commebonnes, les choses qu’ils jugent ensuite êtremauvaises.

. II s’étoit fortement persuadé qu’il n’ynen dont nous poissons disposer absoliment, hormis nos pensées & nos désirs ; ilotte qu’après avoir fait tout ce qui pouvcdependre de lui pour les choses dedehor1 tegardoit comme absolument impossbce - c l l ” lui paroissoit difficilce qui le fit résoudre à ne deíirer qiqui cro)oit pouvoir acquérir. II crque le moyen de vivre content, ttoit <regarder tous les biens qui font hors inous, comme également éloignés de norpouvoir. II dut fans doute avoir besode beaucoup d’exercice, & d’une médittion souvent réitérée, pour s’accoutume]regarder tout fous ce point de vue: m;«ant venu à bout de mettre son esc:dans cette situation, il se trouva tout prPâte à souffrir tranquillement les ma 1mes & ses disgrâces de la fortune, par 1Tome VI.

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quelles' il plairoit à Dieu de l’exercer. 11croyoit que c’étoit principalement dans cepoint que consistoit ls secret des anciensphilosophes, qui avoient pu autrefois sesoustraire à l’empire de la fortune, & mal-gré les douleurs &: !a pauvreté, disputerde la félicité avec leurs dieux. Discoursfur la méthode , pag. irj , 29.

Avec ces dispositions intérieures, il vi-voit en apparence de la même maniéréque ceux qui, étant libres de tout emploi,ne songent qu’à palier une vie douce &irréprochable aux yeux des hommes; quis’étudient à séparer les plaisirs des vices,& qui, pour jouir de leur loisir fans s’en-nuyer , ont recours de tems en tems à desdivertissemens honnêtes. Ainsi, fa con-duite n’ayant rien de singulier qui fut ca-pable de frapper les yeux ou I’imaginationdes autres, personne ne mettoit obstacleà la continuation de les desseins, & il s’ap-pliquoit fans relâche à la recherche de lavérité.

Quoique Descartes eût résolu , ainsicjue nous venons de le dire, de ne rien.ecrire fur la morale, il ne put refuser cettesatisfaction à la princesse Elisabeth; iln’imagina rien de plus propre à consolercette princesse philosophe dans ses disgrâ-ces , que le livre de Séneque touchant lavie heureuse , fur lequel il fit des observa-tions , tant pour lui en faire remarquer lesfautes, que pour lui faire porter ses pen-sées au-delà même de celles de cet auteur.Voyant augmenter de jour cn jour la ma-lignité de la fortune, qui commençoit àpersécuter cette princesse , il s’attacha àl’entretenir dans les lettres, des moyensque la philosophie pouvoir lui fournir pourêtre heureuse & contente dans cette vie *& il avoit entrepris de lui persuader quenous ne saurions trouver que dans nous-memes cette félicité naturelle , que les, ames vulgaires attendent en vain de la for-tune. Tome I des Lettres. Lorsqu’il choi-sit le livre de Séneque de la vie heureu-se , " il eut seulement égard à la réputa-» tion de fauteur, & à la dignité de la» matière, sans songer à la maniéré dontv il savoir traitée ,> : mais l’ayant exami-née depuis, il ne la trouva point aísez exactepour mériter d’être suivie. Pour donner