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Tome sixième.
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matière, qui d’elle-rnême est brute, in-sensible & inactive. 11 n’en est pas de mêmedes esprits, dont la nature est d etre actifs ,& par conséquent d’être causes physiques :íi mon ame n’est que cause occasionnelledes divers mouvemens qu’elle fait naîtredans J’ame de ceux avec qui je m’entre-tiens, d u moins elle est cause physique deses déterminations particulières.

C’est ici le lieu d’examiner de quelle ma-niéré l’ame agit fur le corps : est-elle causephysique, ou n’est-elle que cause occasion-nelle des divers mouvemens qu’elle luiimprime? Ici les sentimens des philoso-phes font partagés ; & l’on peut dire quedans cette question les derniers efforts deia philosophie pourroient bien s’épuilerinutilement pour la résoudre. Le systèmede l’Harmonie préétablie , dont M.Leibnitz est auteur, tranche tout d’uncoup l a difficulté : c’est dommage que cesystème détruise la liberté, & qu’il rendedouteuse l'existence du monde corporel.Voyez cet article , où nous avons démon-tré J’un & l’autre. Le système ancien del’influence réelle de famé sur le corps ,détruit par notre Descartes & par le P.Malebranche son fìdele disciple , le trouveremis en honneur par le puissant appui quelui prêtent aujourd’hui les philosophes An-glois. Dieu, selon ce système, a renfer-me l’efficace qu’il communique à l’ame enla créant, dans les bornes du corps orga-ganil’é auquel il l’unit ; son pouvoir est limi-te á cette petite portion de matière, &même elle n’en jouit qu’avec certaines res-trictions qui font les loix de l’iinion. Cesystème moins subtil , moins ras né quecelui des causes occasionnelles , plaît d’au-tant plus à h plupart des esprits, qu’ils’accorde aífez bien avec le sentiment na-turel , qui admet dans l’ame une efficaceréelle pour mouvoir la matière r mais cesystème qu’on nous donne ici fous le nomradouci de sentiment naturel , ne seroit-ilpoint plutôt l’eftet du préjugé ? En effet,ce pouvoir d’un esprit fini sur la matière,cette influence qu’on lui suppose sur uneubftance íi dissemblable à la sienne , &flm naturellement est indépendante de lui,quelque choie de bien obscur. Les es-Ptits étant des substances actives, & ayantTome VI.

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incontestablement le pouvoir de se mou-voir ou de se modifier eux-mêmes, il estfans doute plus raisonnable de leur attri-buer une pareille influence sur la matière »que d’attribuer á la matière , être passif &incapable d’agir sur lui-même , un vraipouvoir d’agir sur l’esprit, & de le modi-fier. Mais cela méme que je viens d’ob-íerver est un fâcheux inconvénient pource système; il ne peut dès-lors être vraiqu’à moitié. S’il explique en quelque fortecomment le corps obéit aux volontés del’ame par ses mouvemens, il n’expliquepoint comment l ame obéit fidèlement àson tour aux impressions du corps : il rendraison de faction ; il n’en rend aucune dela sensation. Sur ce dernier point on estréduit à recourir aux causes occasionnelles , & à l’opérarion immédiate de Dieusur l’ame. Qu’en coûte-t-il d’y avoir auslìrecours pour expliquer l’efficace des désirsde l’ame ? Le système entier n’en sera queplus simple & mieux assorti.

Ce système, dit-on, n’est nullementphilosophique, parce qu’il remonte droità la premiere cause ; & que sans apporterde railons naturelles des phénomènes quinous embarrassent, il donne d’abord lavolonté de Dieu pour tout dénouement.Autant nous en apprendra, dit-on , I’hom-me le plus ignorant, s’il est consulté; carqui ne f ait que la volonté divine est la pre-miere cause de tout ? Mais c’est une causeuniverselle : or ce n’est pas de cette causequ’il s’agit. On demande d’un philosophequ’il assigne la cause particulière de cha-que effet. Jamais objection ne fut plus mé-prisable. Voulez-vous, disoit le P. Male-branche , qu’un philosophe trouve descauses qui ne font point ? Le vrai usagede la philosophie, c’est de nous conduireà Dieu, & de nous montrer par les effetsmôme de la nature, la nécessité d’iine pre-miere cause. Quand les effets font subor-donnés les uns aux autres, & soumis à cer-taines loix, la tâche du philosophe est dedécouvrir ces loix, & de remonter par de-grés au premier principe, en suivant lachaîne des causes secondes. 11 n’y a pointde progrès de causes à l’infiní ; & c est cequi prouve l’exiffcnce d’un Dieu , la plu6importante & la premiere des vérités. La