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Tome sixième.
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fierté. Quand ces esprits violens s’abandon-noient a eux-mêmes, ils exerçoient lesfureurs les plus brutales, & les aíïiílìnatsétaient autant d’actes d’héroïsme.

Jamais peuple ne montra une aussi grandehorreur pour la servitude. Lorsqu’une villeassiégée n’avoit plus d’espoir d’étre déli-vrée , ils regardoient comme indigne d’euxd’implorer la clémence dn vainqueur : alorsils prenaient Is parti d’egorger leurs fem-mes , leurs enfans &de se tuer eux-mémes.Une armée étoit-elle obligée de retournerfur ses pas, manquait-elle de voitures pouremporter les blessés, on les égorgeait furle champ de bataille : & ces généreusesvictimes, au lieu de se plaindre de cetteférocité, se félicitaient d’être ainsi préser-vées de l’opprobre de la servitude. Bren-nus, célébré par son expédition dans la1 h race, touché des ravages que la faminefaisait dans son armée, conseilla à ses sol-dats de le tuer lui-méme avec tous les bles-sés , afin de ménager les provisions dont ilsavoient besoin dans leur retraite. Ce bar-bare conseil fut ponctuellement exécuté.Chicotins qui lui succéda dans le comman-dement , fit tuer vingt mille malades ; &Brennus, fans attendre qu’on lui rendît ceservice inhumain, crut qu’il étoit plus glo-rieux de se tuer lui-méme. Aucun trait necaractérise mieux leur férocité, que cequ’ils firent avant de livrer bataille à Anti-gène. Lesaruspices qu’ils consultèrent, neleur furent pas favorables ; & prévoyantleur défaite, ils tuerent leurs femmes &leurs enfàns, & allerent ensuite chercher,comme des furieux , la mort qui les atten-dait dans la mêlée. Lorsque les Romainssubjuguèrent les Gallo - Grecs, ils furentétonnés du mépris que ces peuples avoientpour la vie , & de leur horreur pour la ser-vitude. Les captifs mordaient leurs chaî-nes, ils se tendoient la gorge l’un à l’autre,& íe rendaient le fatal service de s’étran-gler réciproquement.

La frugalité leur étoit naturelle. La vienomade qu’ils menaient dans le tems deleurs premiers établissemens, ne leur per-mettait pas de rechercher les délices de latable. Ils furent Iong-tems fans connaîtrel’agriculture. Ce furent les Phocéens, fon-dateurs de Marseille, qui vers Tan 600

C E L

avant notre ere, leur apprirent à cultiverla terre , à tailler la vigne & à planter desoliviers : mais cet art sot lent à prendre desaccroissemens parmi des hommes persua-dés que tout autre instrument que les ar-mes , avilissait leurs mains. II leur semblaitplus simple & plus commode de se nourrirdu gibier de leur chaste, du lait & de lachair de leurs troupeaux. Ce ne sot que versl’an 6 oo de la fondation de Rome, que l’a-griculture sortit de son enfance dans la Cel-tique. II fallut faire violence à ce peuple,pour le résoudre à arroser de sa sueur unpénible sillon. La vie paisible du laboureurrebutoit leur caractère impatient. Ils ai-maient à satisfaire leurs désirs aussi-tôt qu’ilsétaient formés ; & la terre est lente à exé-cuter ses promestes. L’eau assaistonnée demiel ou de lait, sot leur premier breuvage.Dès qu’ils eurent des grains, ils les em-ployèrent à faire de la bierre ; & quoiqueles Phocéens leur eussent enseigné sart decultiver la vigne, ils furent long-tems fansen extraire la liqueur qui flatte leurs déficendans. On ne buvoit dans toute la Cel-tique que des vins étrangers, & il n’y avoirque les commerçans qui eussent la facilitéde s’en procurer. Ils prenoient leurs repas,assis par terre, près d’une table trop petitepour y servir beaucoup de mets. L’usagede la couvrir d’une nappe ou d’un tapis, neshntroduisit que long-tems après l’usage desétoffes. Leur vaisselle & leurs vases ité-raient que de bois ou d’argille. Les seigneursbuvaient dans des cornes de bêtes sauvagestuées à la chaste , les braves dans le crâned’un ennemi tombé fous leurs coups ; ilsles portaient suspendus à leur ceinture,comme un monument de leur victoire ; &c’éteit lur-tout dans les banquets sacrés,que les guerriers étalaient avec faste cescoupes rebutantes. II y avait chaque annéedes festins publics dans tous les cantons dela Celtique. Le plus magnifique étoit celuique les soigneurs donnaient le jour où onélisait le souverain magistrat ou le général.Les tables étaient servies avec plus de pro-fusion que de délicatesse : des jeunes gensde I’un & de l’autre sexe servaient les con-vives. On voyait près des tablesd’immen-ses foyers garnis de broches & de chau-dières d une grande capacité, où cuisaient