C E L
iles animaux entiers. Les morceaux les plusdélicats étoient servis aux plus braves. Cetusage enfanglantoit souvent les fêtes. Celuiqui se piquoit de bravoure, choqué de lapréférence, disputoit ces morceaux à lapointe de l’épée : ou il faisoit périr son ad-versaire, ou il périssoit lui-même.
On accuse les Celtes d’avoir été anthro-pophages , & il est difficile de les en justi-fier , puisque dans les famines, ils égor-geoient fans pitié les femmes, les enfans,les vieillards , & généralement tous ceuxqui n’étoient point en état de porter lesarmes ; mais des faits particuliers , inspiréspar le désespoir , ne doivent pas imprimerune flétriflûre à toute une nation.
Tant que les Celtes menoient la vienomade, errans & vagabonds, ils ne s’ar-rétoient que dans les lieux oi\ ils trouvoientdes subsistances : ainsi ils n’a voient point devilles ni d’édifìces, qui ne font utiles qu’àceux qui mcnent une vie sédentaire ; &c’est la véritable cause pour laquelle ilsn’avoient ni temples, ni statues. Ce nefut qu’après avoir reconnu les avantages del’agriculture , qu’ils firent le partage desterres qui, jusqu’alors, n’avoient point eude possesseurs exclusifs. Ils bâtirent desgranges pour y déposer leurs moissons.Ces premiers édifices donnerent naistànceaux villes, que l’on ne fortifia que pour yconserver le butin. Les Celtes auroientrougi de devoir leur salut à des murailles :ils cherchoient l’ennemi, & le caractèrede la lâcheté éroit de l’artendre. Ils au-roient cru fe déshonorer avec un casque ouune cuirassé j leur adresse étoit leur plusferme bouclier.
Le premier des arts qu’ils cultivèrent,fut celui de la guerre j c’éroit aussi le feu!qui atriroit de la considération. Dans lespremiers teins ils alloient tout nus , ilsn’avoient d’autre parure que leurs armes.Les vieillards, dans les froi ís rigoureux ,fe couvroient de la peau des bêtes dont ilsavoient dévoré la chair. La lime & leMarteau furent les premiers instrumensconnus dans la Celtique ; on s’en servitPour faire des lances & des épées, avantde les employer à polir le foc & la bechedestinés à féconder la terre. Le foin desManufactures fut abandonné à des esclaves.
C E L 62 Z
Tout ce que nous appelions métier, étoitregardé comme une occupation avilissante,qui dégradoit même la postérité de ceux quis’y étoient livrés. Un Celte se croyoit népour la guerre, & il ne vouloir devoir sasubsistance qu’à son épée. Les braves mar-choient toujours armés, même en temsde paix. Le pillage étoit permis en touttems. La politique ayoit introduit cet abus,pour entretenir les inclinations belliqueu-ses delanation.Toutes les violences étoientautorisées, pourvu qu’on respectât la citédont on étoit membre. Ainsi la vie d’unCelte étoit un état de guerre.
Les métaux, qui font le destin de la guer-re , surent aussi employés à décorer la va-leur. Les guerriers portoient des brace-lets d’or ou d’argent, & c’étoit de ces mé-taux qu’ils garnislòient le bord des crâneshumains & les cornes des bêtes sauvages,qui leur servoient de coupes. Les colliersétoient la distinction la plus honorable ;on ne pouvoir faire à un Celte un présentqui flattât plus fa fierté. Leur front de ba-taille étoit ordinairement composé de ceshommes à colliers ; & comme c’ctoientpour l’ordinaire les plus vigoureux & lesmieux faits, leurs armées ossroient un coupd’œil également magnifique & terrible. Onvoyoit toujours quelques-uns de ces bravesqui sortoient de leur rang, pour défier aun combat particulier, des soldats enne-mis. Lorsque les Celtes cuvent subi le joug,& qu’ils fe furent enrôlés dans les arméesde leurs vainqueurs, les Romains mirentles bracelets au nombre des récompensesmilitaires : on en voit encore des vestigesdans les hauíïè-cols, attribut distinctif del’officier.
Leur poésie remontoir aux tems voi-sins de leur origine; & leurs poèmes pré-cédèrent de beaucoup leurs ouvrages enproie. Leurs poètes, appellés bardes , ex-celloient sur-tout dans les odes. Leur verves’exerçoit principalement fur l’origine despeuples, les migrations, les guerres. Ils fecomplaisoient â célébrer la création desdieux & des hommes. Les prêtres avoientdes poèmes propres à toutes les fblemnités,& qui formoient une partie de la théologie.Tous ces jeux de l’imagination étoientanoblis par la pureté des maximes dont la