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Tome sixième.
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CEL,

ciples aveuglement dociles à leurs leçons ,& les menacer du courroux de leurs dieux,s’ils ne respectoient pas l'excommunicationdont ils l’avoient frappé. Dans les druidesje ne vois pas des philosophes , mais desimposteurs , qui uniquement occupés deleur intérêt , de leur gloire & de leurréputation , travailloient à asservir leurimbécille nation fous le joug d’une hon-teuse ignorance. Si l’on en croit les an-ciens écrivains , ces prétendus philosophesétoient vêtus magnifiquement, &portoientdes colliers d’or. Le luxe dans lequel ilsvivoient faifoit tout leur mérite , & leuravoir acquis parmi les Gaulois une grandeautorité.

Les druides étoient partagés en plusieurscîastès : i! y avoir parmi eux , selon Am-mien Marcellin , les bardes , les cubages,& ceux qui retenoient proprement le nomde druides. Les bardes s’occupoient àmettre en vers les grandes actions de leurshéros , & les chantoient fur des instrumensde musique. Les cubages, abymés dans lacontemplation de la nature, s’occupoient2 en découvrir les secrets. Mais ceux qu’onappelloit druides par excellence, joignoient2 l’étude de la nature la science de la mo-rale , & l’art de gouverner les hommes.Ils avoient une double doctrine ; Tune pourle peuple , & qui étoit par conséquent pu-blique ; l’autre pour ceux qu’ils instrui-foient en particulier, & qui étoit sécrété.Dans la premiers, ils expofoient au peuplece qui concernoit les sacrifices , le cultede la religion , les augures , & toutes lesefpeces de divinations : ils avoient foin dene publier de leur doctrine que ce quipouvoit exciter à la vertu , & fortifiercontre la crainte de la mort. Pour la-doc-trine qu’ils enfeignoient à ceux qu’ils ini-tioient dans leurs mystères , il n’est paspaisible de la deviner : c’eût éré la pro-faner que de la rendre intelligible à ceuxqui n’avoientpas l’honneurd’être adeptes ;& pour inspirer d leurs disciples je ne faisquelle horreur sacrée pour leurs dogmes >ce n’étoit pas dans les villes ni en pleinecampagne qu’ils tenoient leurs assembléessavantes , mais dans le silence de la soli-tude , & dans l'endroit le plus caché deleurs sombres forêts : auísi leurs dogmes

C E L f f <529étoient-ils des mystères impénétrables pourpour tous ceux qui n’y étoient pas admis.C’est ce que Lucain a exprimé d’une ma-niéré si énergique par ces vers :

Soli s nojse deos , & cœli numina volts,Aut solis nefcire datum : nemora alto,remotis

Incolitis lucis.

Après cela, est - il surprenant que lesGrecs 6 t les Romains aient avoué leurignorance profonde fur les dogmes cachésdes druides ? Le seul de ces dogmes quiait transpiré , & qui ait percé les sombresvoiles fous lesquels ils enveloppoient leurdoctrine , c’est celui de l’immortalité del’ame. On favoit bien en général que leursinstructions sécrétés rouloient fur l’origine& la grandeur du monde , fur la naturedes choses , fur l’immortalité & la puis-sance des dieux : mais ce qu’ils penfoientfur tous ces points , étoit absolumentignoré. En divulguant le dogme de l’im-mortalité des esprits, leur intention étoit,selon Pomponius Mêla , d’animer le cou-rage de leurs compatriotes , & de leurinspirer le mépris de la mort, quand ils’agiroit de remplir leur devoir.

Les Celtes étoient plongés dans l’ido-latrie, ainsi que les autres peuples de laterre. Les druides leurs prêtres , dont lesidées fur la divinité étoient fans doute plusépurées que celles du peuple , les nourrif-foient dans cette folle superstition. C’estun reproche qu’on peut faire à tous leslégislateurs : au lieu de détromper le peuplefur cette multitude de dieux qui s’accordesi mal avec la faine raison , ils s’appliquoientau contraire à fortifier cette erreur dans lesesprits grossiers, prévenus de cette faussemaxime, qu’on ne peut introduire de chan-gement dans la religion d’un pays, quandmême ce seroit pour la réformer, qu’on n’yexcite des séditions capables d’ébranler l’é-tat jusques dans les plus fermes fondemens.Les dieux qu’adoroient les Celtes , étoientTheutates, Hélìis , & Taranès. Si l’on encroit les Romains , c’étoit Mercure qu’ilsadoroient fous le nom de Theutates , Marsfous celui à'Hefus, & Jupiter fous celuide Taranès. Ce sentiment est combattu par