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pour vous tromper. L’inégalité des condi-tions , la distance des lieux , la nature dufait, le nombre des témoins, vous font con-noître , fans que vous puissiez en douter ,qu’il y a parmi eux des pallions opposées &des intérêts divers. Ce n’est que lorsquevous êtes parvenu à ce point, que la certi-tude fe présente à vous ; ce qui est, commeon voit, totalement soustrait au calcul.
Prétendez-vous, m’a-t-on dit, vous ser-vir de ces marques de vérité pour les mira-cles comme pour les faits naturels ? Cettequestion m’a toujours surpris. Je répondsà mon tour : est-ce qu'un miracle n’estpas un fait ì Si c’est un fait , pourquoine puis-je pas me servir des mêmes mar-ques de vérité pour les uns comme pour lesautres ? Seroit-ce parce que le miracle n’estpas compris dans l’enchaînement du coursordinaire des choses ? 11 faudroit que ce enquoi les miracles diffèrent des faits natu-rels , ne leur permit pas d’être susceptiblesdes mêmes marques de vérité , ou que dumoins elles ne puisent pas faire la mêmeimpression. En quoi different-ils donc ? Lesuns font produits par des agens naturels ,tant libres que nécessaires ; les autres parune force qui n’est point renfermée dansl’ordre de la nature. Je vois donc Dieuqui produit l’un , & la créature qui pro-duit l’autre ( je ne traite point ici la ques-tion des miracles ) : qui ne voit que cettedifférence dans les causes ne suffit pas pourque les mêmes caractères de vérité ne puis-sent leur convenir également ? La régléinvariable que j’ai assignée pour s’alsererd’un fait , ne regarde ni leur nature, c’est-à-dire s’ils font naturels ou surnaturels ,ni les causes qui les produisent. Quelquedifférence que vous trouviez donc de cecóté-là , elle ne sauroit s’étendre jusqu’ála réglé qui n’y touche point. Une simplesupposition fera sentir combien ce que jedis est vrai : qu’on se représente un mondeoù tous les événemens miraculeux qu’onvoit dans celui-ci, ne soient <jue des suitesde Tordre établi dans celui-la. Fixons nosregards fur se cours du soleil, pour nousservir d’exemple : supposons que dans cemonde imaginaire le soleil suspendant facourse au commencement des quatre dif-férentes saisons de 1 année, se premier jour
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en soit quatre fois plus long qu’à Tordi-naire. Continuez à faire jouer votre ima-gination , & tranfportez-y les hommes telsqu’ils font ; ils seront témoins de ce spec-tacle bien nouvean pour eux. Peut-onnierque fans changer leurs organes , ils fussenten état de s’aslùrer de la longueur de cejour ? II ne s’agit encore, comme on voit,que des témoins oculaires , c’est-à-dire ,si un homme peut voir aussi facilement unmiracle qu’un fait naturel • ii tombe éga-lement fous les sens : la difficulté est donclevée quant aux témoins oculaires. Or cestémoins qui nous rapportent un fait mira-culeux , ont-ils plus de facilité pour nousen imposer que suh tout autre fait ? & sesmarques de vérité que nous avons assignéesne reviennent-elles point avec toute leurforce ? Je pourrai combiner également lestémoins ensemble ; je pourrai connoîtresi quelque passion ou quelque intérêt com-mun les fait agir ; il ne faudra, en un mot,qu’examiner Phomme, & consulter les loix■générales qu’il fuit : tout est egal de part &d’autre.
, Vous allez trop loin, me dira-t-on , toutn’est point égal ; je fais que ses caractèresde vérité que vous avez assignés ne fontpoint inutiles pour les faits miraculeux :mais ils ne sauroient faire la même impres-sion sur notre esprit. On vient m’apprendrequ’un homme célébré vient d’opérer unprodige ; ce récit se trouve revêtu de toutesles marques de vérité les plus frappantes ,telles, en un mot, que je n’hcsiterois pasun instant à y ajouter foi si c’étoit un taitnaturel ; elles ne peuvent pourtant servirqu’à me faire douter de la réalité du pro-dige. Prétendre, continuera-t-on, que par-la je dépouille ces marques de vérité detoute la force qu’elles doivent avoir furnotre esprit, ce seroit dire que de deuxpoids égaux mis dans deux balances diffé-rentes , l’un ne peferoit pas autant quël’autre, parce qu’il n’emporteroit pas éga-lement le côté qui lui est opposé, sensexaminer si tous les deux n’ont que Jetmêmes obstacles à vaincre. Le vousparoît'êfre' ún paradoxe, va fe développerclairement à' vos yeux. Les .marques devérité ont la même force pour les deuxfaits : mais dans l’un il y a un obstacle a