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Tome sixième.
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le miracle que pour un fait naturel.

Si l’on vouloir ne pas confondre la pro-babilité avec la certitude , cette difficultén’auroit pas lieu. J’avoue que ceux qui, peuscrupuleux fur ce qu’on leur dit, n’appro-fòndissent rien, éprouvent une certainerésistance de leur esprit à croire un faitmiraculeux : ils fe contentent de la plus lé-gere probabilité pour un fait naturel ;&comme un miracle est toujours un fait in-téressant , leur esprit en demande davan-tage. Le miracle est d’ailleurs un fait beau-coup plus rare que les faits naturels : leplus grand nombre de probabilités doitdonc y suppléer ; en un mot, on n’est plusdifficile à croire un fait miraculeux qu’unfait naturel, que lorfqu’on fe tient précisé-ment dans la sphere des probabilités. II amoins de vraisemblance, je l’avoue; il fautdonc plus de probabilités : c’est-à-dire, quesi quelqu’un ordinairement peut ajouter foià un fait naturel, qui demande six degrésde probabilités, il lui en faudra peut-êtredix pour croire un fait miraculeux. Je neprétends point déterminer ici exactement laproportion : mais si quittant les probabi-lités , vous pastèz dans le chemin qui meneà la certitude } tout fera égal. Je ne voisqu’une différence entre les faits naturels &les miracles : pour ceux-ci on poulie leschoses à la rigueur, & on demande qu’ilspuistènt soutenir l’examen le plus íévere :pour ceux-là, au contraire, on ne va pasà beaucoup près si loin. Cela est fondé enraison , parce que, comme je l’ai déjà re-marqué, un miracle est toujours un faittrès-intérestànt : mais cela n’empéche nul-lement que la réglé des faits ne puislè ser-vir pour les miracles, aussi bien que pourles faits naturels ; & si on veut examiner ladifficulté présente de bien près, on verraqu’elle n’est fondée que fur ce qu’on fe sertde la réglé des faits pour examiner tin mi-racle , & qu’on ne s’en sert pas ordinaire-ment pour un fait naturel. S’il étoit arriveun miracle dans les champs de Fontenoi,le jour que fe donna la bataille de ce nom ;si les deux armées avoient pu l’appercevoiraisément; si en conséquence les mêmes bou-ches qui publièrent la nouvelle de la ba-taille l’avoient publié; s’il avoit été accom-pagné des mêmes circonstances que cetteTome VI.

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bataille, & qu’il eût eu des suites, quel si>roit celui qui ajouteroit foi à la nouvelle dela bataille, & qui douteroit du miracle ? Iciles deux faits marchent de niveau, parcequ’ils font arrivés tous les deux à la certi-tude.

Ce quej’aidit jusqu’ici, suffit sans doutepour repousser aisément tous les traitsque lance fauteur des Pensées philosophi-ques , contre la certitude des faits surna-turels; mais le tour qu’il donne à les pen-sées , les présente de maniéré que je croisnécessaire de nous y arrêter. Ecoutons-Iedonc parler lui-même, & voyons commeil prouve qu’on ne doit point ajouter lamême foi à un fait liirnaturel qu a un fuitnaturel. « Je croirois fans peine, dit-il,» un seul honnête homme qui m’annon-" ceroit que sa majesté vient de rempor-» ter une victoire complété sur les alliés :» mais tout Paris m’aílìueroit qu'un mort» vient de ressusciter à Passy, que je n’en„ croirois rien. Qu’un historien nous en„ impose, ou que tout un peuple se trom-« pe, ce ne sont pas des prodiges Dé-taillons ce fait ; donnons-lui toutes les cir-constances dont un fait de cette naturepeut être susceptible ; parce que, quelquescirconstances que nous supposions, le faitdemeurera toujours dans Tordre des fait*surnaturels, & par conséquent le raison-nement doit toujours valoir, ou ne pasêtre bon en lui-même. C’étoit une per-sonne publique dont ia vie intérestòit uneinfinité de particuliers, & à laquelle étoiten quelque façon attaché le sortdu royau-me. Sa maladie avoit jeté la consternationdans tous les esprits, & fa mort avoitachevé de les abattre ; (à pompe funebrefut accompagnée des cris lamentables detout un peuple, qui retrouvoit en lui unpère. II fut mis en terre, à la face du peu-ple, en présence de tous ceux qui le pleu-raient ; il avoit le viíage découvert & dtjàdéfigure par les horreurs de la mort. Leroi nomme à tous ses emplois, & 1^ donnea un homme qui de tout tems a ete I en-nemi implacable de la famille de I illustremort; quelques jours s’écoulent, & toutesles affaires prennent le train que cette moredévoie naturellement occasionner. Voilà !apremière époque du lait, fout Paris va• Yyyy