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Tome sixième.
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sonnes qui fe sont succédées les unes aux au-tres dans toute la durée des siécles , à com-mencer au tems où un fait s’est passé. Cettetradition n’est fûre& fidelle que lorsqu’onpeut remonter facilement à la source , &qu’à travers une fuite non interrompue detémoins irréprochables, on arrive aux pre-miers témoins qui sont contemporains desfaits : car si l’on ne peut s’aíïiirer que cettetradition , dont nous tenons un bout, re-monte effectivement jusqu’à l’époque assi-gnée à de certains faits, & qu’il n’y a pointeu, fort en-deçà de cette époque, quelqueimposteur qui sc soit plû à les inventer pourabuser la postérité'" la chaîne des témoi-gnages, quelque bien liée qu’elle soit, netenant à rien, ne nous conduira qu’au men-songe. Or comment parvenir à cette assu-rance? Voilà ce que les pyrrhoniens nepeuvent concevoir, & fur quoi ils ne croientpas qu’il soit possible d’ttablir des réglés,à l’aide defquelles on puistè discerner lesvraies traditions d’avec les fausses. Je neveux que leur exposer la suivante.

On m’avouera d’abord que la dépositiond'un grand nombre de témoins oculairesne peut avoir que la vérité pour centre :nous en avons déjà exposé les raisons. Orje dis que la tradition, dont je touche ac-tuellement un des bouts, peut me conduireinfailliblement à ce cercle de témoignagesrendus par une foule de témoins oculaires.Voici comment : plusieurs de ceux qui ontvécu du tems que ce fait est arrivé, & quil’ayant appris de la bouche des témoins ocu-laires, ne peuvent en douter, passent danssage suivant, & portent avec eux cettecertitude. Ils racontent ce fait à ceux de cesecond âge, qui peuvent faire le même rai-sonnement que tirent ces contemporains,lorsqu’ils examinerent s’ils dévoient ajou-ter foi aux témoins oculaires , qui le leurrapportoient. Tous ces témoins, peuvent-ils se dire, étant contemporains ci’un telfait, n’ont pu être trompés fur ce fait. Maispeut-être ont-ils voulu nous tromper : c’estce qu’il faut maintenant examiner, diraquelqu’un des hommes du second âge, ainsinommé relativement au faic en question.J’observe d’abord, doit dire notre contem-platif, qtie le complot de ces contempo-rains pour nous en imposer, auroic trouvé

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mille obstacles dans la diversité de passions,de préjugés & d’intérêts c.ui partagent l’es-prit des peuples & les particuliers d’unemême nation. Les hommes du second âgeRassureront en un mot que les contempo-rains ne leur en imposent point, commeceux-ci s’étoient assurés de la fidélité destémoins oculaires : car par-tout où l’on sup-pose une grande multitude d’hommes, ontrouvera une diversité prodigieuse de gé-nies & de caractères, de passions & d’inté-rêts ; & par conséquent On pourra s’assureraisément que tout complot parmi eux estimpossible. Et si les hommes font séparés lesuns des autres par Pinterposition des mers& des montagnes , pourront-ils se rencon-trer à imaginer un même fait, & à le faireservir de fondement à la fable dont ils veu-lent amuser la postérité ? Les hommes d’au-tresois étoient ce que nous sommes aujour-d’hui. En jugeant d'eux par nous-mêmes,nous imitons la nature, qui agit d une ma-niéré uniforme dans la production des hom-mes de tous les tems. Je fais qu’on distin-gue un siecle de l’autre à une certaine tour-nure d’esprit, & à des moeurs même diffé-rentes ; enserre que si on pouvoir faire re-paroître un homme de chaque siecle, ceuxqui seroient au fait de Phistoire, en lesvoyant, les rangeroient dans une ligne,chacun tenant la place dc son siecle faus setromper. Mais une chose en quoi tous lessiécles font uniformes, c’eíl la diversité quirégné entre les hommes du meme tems rce qui suffit pour ce que nous demandons,& pour assurer ceux du fécond âge, qu yles contemporains n’ont pu convenir en-tr’eux pour leur en imposer. Or ceux dutroisième âge pourront faire, par rapportà ceux d u second âge qui leur rapporterontce fait, le même raisonnement que ceux-ciont fait par rapport aux contemporains quile leur ont appris : ainsi on traversera faci-lement tous les siécles.

Pour faire sentir de plus en plus com-bien est pur le canal d’une tradition quinous transmet un fait public & écLrant (carje déclare que c’est de celui-f^..í cu cnt ) ™

tends parler, convenant <ai leurs, que íurun fait secret & nullement mterçlìant, unetradition ancienne & etenuue peut ara

siutíiè), je ra’ai que ce seul rationnement ì