Band 
Tome sixième.
Seite
728
JPEG-Download
 

728 . , . C E Pv

habilité. Mais si un fait, comme une sourceabondante, forme différens canaux , je puisfacilement m’aíílirerde la réalité. Ici je mefers de la réglé que suivent les esprits,comme je na en fois servi pour les témoinsoculaires. Je combine les différens témoi-gnages de chaque personne qui représente(a ligne : leurs mœurs différences, leurs pas-sions opposées, leurs intérêts divers, medémontrent qu’il n’y a point eu de collusionentr’elles pour m’en imposer. Cet exa-men me suffit, parce que par-là je suisassuré qu’elles tiennent le fait qu’elles merapportent, de celui qui les précede immé-diatement dans leur ligne. Si je remontedonc jusqu’au fait for le même nombre delignes traditionnelles , je ne saurois douterde la réalité du fait , auquel toutes ceslignes m ont conduit ; parce que je feraitoujours le même raisonnement for tousles hommes qui représentent leur ligne,dans quelque point du tems que je laprenne.

II y a dans le monde , me dira quel-qu’un , un si grand nombre de fausses tra-ditions , que je ne saurois me rendre àvos preuves. Je fois comme investi parune infinité d’erreurs , qui empêchentqu’elles ne puissent venir jusqu’à moi ; &ne croyez pas, continuera toujours ce pyr-rhonien , que je prétende parler de ce$fables, donc la plupart des nobles flattentleur orgueil ; je fais qu’étant renferméesdans une feule famille, vous les rejetezavec moi. Mais je veux vous parler deces faits qui nous font transmis par ungrand nombre de lignes traditionnelles, &dont vous reconnoissez pourtant la fausseté.Telles sont, par exemple , les fabuleusesdynasties des Egyptiens, les histoires desdieux & demi-dieux des Grecs ; le contede la louve qui nourrit Rémus & Romulus:tel^ est le fameux fait de la papesse Jeanne ,qu on a^ cru presque universellement pen-dant tres-fong-tems, quoiqu’il fut très-ré-cent. Si l’on avoir pu lui donner deux milleans d’antiquité , qui est-ce qui aurok oséseulement l’examiner ? Telle est encorel’histoire de la sainte ampoule , qu’un pi-geon apporta du ciel pour servir au sacreîle nos rois ; ce fait n’est-il pas univer-sellement répandu en France , ainsi que I

f C E R

tant d’autres que je pourrois citer'? Tousces faits suffisent pour faire voir que Ter-reur peut nous venir par plusieurs lignestraditionnelles. On ne íauroit donc en faireun caractère de vérité pour les faits qui noussont ainsi transmis.

Je ne vois pas que cette difficulté rendeinutile ce que j’ai dit : elle n’attaque nul-lement mes preuves, parce qu’elle ne lesprend qu’en partie. Car j'avoue qu’un fait,quoique faux, peut m’être attesté par ungrand nombre de personnes qui repré-senteront différenteslignes traditionnelles.Mais voici la différence que je mets entreTerreur & la vérité : celle-ci, dans quelquepoint du tems que vous la preniez , fe sou-tient ; elle est toujours défendue par ungrand nombre de lignes traditionnelles quila mettent à l’abri du pyrrhonifme , & quivous conduisent dans des sentiers clairs jus-qu’au fait même. Les lignes, au contraire,qui nous transmettent une erreur, sont tou-jours couvertes d’un certain voile qui lesfait aisément reconnoitre. Plus vous les sui-vez en remontant, & plus leur nombre di-minue ; & , ce qui est le caractère de Ter-reur , vous en atteignez le bout fans quevous soyez arrivé au fait qu’elles vous trans-mettent. Quel fait que les dynasties desEgyptiens ! Elles remontoient à plusieursmilliers d’années : mais il s’en faut bienque les lignes traditionnelles les condui-sissent jusque là. Si Ton y prenoit garde,on verroit cjue ce n’est point un fait qu’onnous objecte ici, mais une opinion à la-quelle Torgueil des Egyptiens avoit donnénaissance. II ne faut point confondre ce quenous appelions fdit , & dont nous par-lons ici, avec ce que les différentes nationscroient fur leur origine. II ne faut qu’unsavant , quelquefois un visionnaire , quiprétende, après bien des recherches, avoirdécouvert les vrais fondateurs d’une mo-narchie ou d’une république, pour quetout un pays y ajoute foi ; for-tout si cetteorigine flatte quelqu’une des passionsdes peuples que cela intéresse : mais alorsc’est la découverte d’un savant ou la rêve-rie d’un visionnaire, & non un fait. Celasera toujours problématique, à moinsque ce savant ne trouve le moyen derejoindre tous les différens fils de la tra-dition ,