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Tome septième.
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C H A

Depuis que l'on s'occupe en France àperfectionner la musique, la théorie du chanta été discutée par des gens d'eíprit & degoût, & leur objet commun a ete d exami-ner si le chant Italien pouvoir ou devoir êtreappliqué à la langue françoise. L’un despremiers qui ont examiné cette question,a cru la décider en assurant que non-seu-lement les François n'avoient point de mu-sique, mais que leur langue n’en auroitjamais. On dit qu’il vient d'avouer ionerreur ; il y a long-tems que cet aveu au-roit pu lui échapper. Nombre d’eísais endivers genres ont prouvé, par les faits &par des faits multipliés, que ni la syntaxe,ni la prosodie, ni les élémens de notre lan-gue, ni son génie n'éroient incompatiblesavec une bonne musique.

Nous avons depuis quelques années desairs brillans 8c légers, des airs comiques,d’un caractère très-fin, très-vif & très-piquant, des airs gracieux & tendres, desairs touchans & d'un pathétique assez fort;8c, dans ces airs, la langue 8c la musiquelont aussi à leur aise que dans le chantItalien. Il faut avouer cependant que lessyncopes, les prolations & les inversionsde mots que l'Italien permet plus aisémentque notre langue, peut-être aussi un retourplus fréquent des voyelles les plus sonores,donnent au chant Italien plus de jeu &plus de brillant que le chant François n’enpeut avoir : mais avec ce désavantage, ilest possible encore d’avoir une bonne mu-sique. Dans cette langue, dont on dit tantde mal, Racine & Quinault ont fait desvers aussi mélodieux que l’Arioste 8c queMétastase. Un musicien, homme de génie;8c un poète, homme de goût, en vain-cront de même les difficultés, s’ils veulents en donner la peine.

Mais 1 homme de lettres, qui a pris ladefenle de notre langue contre celui quivouloir lui interdire I'eípérance même «sa-voir une musique, a été trop loin, ce mesemble, en avançant que la musique estindépendante des langues. « Comment,« dit-il, fàit-osl dependre ce qui chante»> toujours, de ce qui ne chante jamais ? >.

Et quelle est la langue qui ne chante pas,dès que l’exprelsion s anime 8c peint lesmouvemens de famé ?

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" Je ne conçois pas, ajoute-t-il, la diffe-cc rence essentielle qu’on voudroit établir« entre le chant vocal & ^instrumentai." Quoi 1 celui-ci émaneroit d-es seules lois” de l'harmonie 8c de la mélodie ; & l'autre," dépendant des inflexions de la parole,» en scroit une imitation ì C'est créer deux» arts au lieu d'un. »

Ce n'est qu'un art, mais dont l'imitationest tantôt plus vague, & tantôt plus déter-minée. Il en est de la musique comme dela danse ; celle-ci n’est souvent qu'un déve-loppement de toutes les grâces dont le corpshumain est susceptible dans ses pas, íesmouvemens, íès attitudes, en un mot, dansson action de tel ou de tel caractère ,comme la gaieté , la mélancolie, la volup-té , fr c. ; mais souvent aussi la danse estpantomime, & se propose l’imitation pré-cise & propre d’un personnage & de sonaction : il en est de même du chant.

Que la musique instrumentale flattel’oreille, lans présenter à l’ame aucuneimage distincte, aucun sentiment décidé ;& qu’à travers le nuage d’une expressionlégere & confuse, elle laisse imaginer &Csentir à chacun ce qu’il veut, selon le ca-ractère & la situation de son ame ; c’en estassez. Mais on demande à la musique vo-cale une imitation plus fidelle , ou del’image, ou du sentiment que la poésie luidonne à peindre ; & alors il n’est pas vraide dire que la musique soit indépendantede la langue, puisqu’en /éloignant tropdes inflexions naturelles, sur-tout en lescontrariant, elle n’auroit plus d’exgrelsion.

Les inflexions de la langue ne font pastoutes appréciables, mais elles font toutessensibles ; 8c l’oreille s'apperçoit très-bienfi le chant les imite, ou s’il en est tropéloigné.

La musique n’observe de l’accent proso-dique que la durée relative des syllabes ;8c peu lui importe, fans doute, qu’unesyllabe soit plus ou moins longue, ou qu’ellesoit plus ou moins breve, pourvu qu’ellesoit longue ou breve, c’est-à-dire, qu’ellesoit susceptible de lenteur ou de rapidité :dès que la voix peut se reposer deux temsde fuite fur un son , il lui est permis, danstoutes les langues , de s’y reposer tant quela mesure l'exige : mais l’accent oratoire