1x6 C L A
sera distinct ou confus, selon la nature du <tableau qui doit ou me présenter simplement <un bâtiment quelconque , ou un bâtiment 1d'une efpece déterminée. 1
Remarquons donc en général que dans 'les ouvrages de fart, chaque objet doit avoirle degré de clarté que fa connexion avec letout exige, afin qu il soit reconnu avec pré-cision pour ce qu’il doit représenter : les ta-bleaux font de tous les ouvrages de^ 1 art lesplus propres à expliquer notre pensée ; dansun tableau historique, les principaux person-nages doivent être si distinctement peints ,qu'on puislê appercevoir clairement tout cequi contribue à les faire reconnoître pourceux qu ils repréíèntent, & cela dans la si-tuation d esprit ôc dans f attitude que fac-tion suppose : les personnages subalternes,au contraire, seront encore astez clairementreprésentés, quand même on ne pourra pasconnoître précisément ni qui, ils sont , ni cequ ils sentent dans le moment de faction ;il peut même suffire au but du peintre qu onpuisse reconnoître clairement de certains per-sonnages , qu’ils surviennent à faction , ouqu’ils se retirent, quoique d’ailleurs on nedistingue clairement ni ce qu’ils font, ni cequ’ils font.
Quand Homere décrit un combat, il choi-sit un petit nombre de personnages , & cefont toujours de ses principaux héros qu’ilnous fait voir de si près, que nous distin-guons clairement toutes leurs attitudes &tous leurs mouvemens : il ne nous montred’autres personnages que dans le lointain ;il se contente de nous laisser voir qu’ils se-condent vaillamment les premiers combat-tans ; enfin, il en place des troisièmes si loinde notre vue, que tout ce que nous pou-vons en distinguer , c’est qu’ils assistent aucombat, fans voir précisément ce qu’ils yfont : chaque personnage se trouve ainsidans le jour où il doit être, pour que lascene entiere fasse un tableau distinct & bienterminé.
L’orateur en use de même , il ne déve-loppe distinctement que les principaux chefs,en forte que toutes les notions qui doiventy entrer , íoient clairement exposées : lesidées accessoires ne reçoivent que le degréde développement &C de clarté que leur im-portance exige, c’est auíïì làl unique moyen
C L A.
de rendre distinct un tout qui est composéde plusieurs parties différentes ; & l’on peuthardiment avancer le paradoxe, que c’est laconfusion des parties isolées qui produit laclarté distincte de l’enfemble. Un paysagene sautoir représenter une véritable contrée,à moins que chaque objet du tableau ne di-minue en clarté , à proportion de son éloi-gnement ; car c’est cette diminution de clar-té distincte qui produit le sentiment des loin-tains , & il feroit absurde de regarder com-me un défaut la confusion d’un objet tropéloigné pour être représenté distinctement ;il est assez distinct dans un tel éloignement,s’il est visible.
Ainsi la clarté de l’ensemble exige néces-sairement que les parties principales soientdistinguées des accessoires, & que chaqueobjet particulier soit mis dans un jour pro-portionné à son importance : de cette ma-niéré , le tout acquerra la clarté distinctequ’il doit avoir.
Dans les arts de la parole , les ouvragesde quelque étendue, les narrations , les des-criptions , les dissertations acquièrent cetteclarté distincte , par une division exacte desdivers objets, par f ordre dans lequel ils sesuccèdent, & par la tractation détaillée desobjets principaux. En particulier , fart destransitions y peut contribuer, en marquantclairement la fin d’un article capital, le com-mencement du suivant, & l’idée moyennequi les lie : les auteurs françois excellent engénéral dans la clarté de la diction , & peu-vent être proposés ici comme les meilleursmodelés ; mais il n’est pas aisé de donnerdes réglés fixes fur la maniéré de diviser unsujet, & d’en arranger les parties , pour quef ensemble devienne clair &c distinct lesmaîtres de fart oratoire ne nous donnent au-cune lumière là dessus ; leurs observations sebornent à fart d’exprimer clairement cha-que pensée isolée, & roulent principalementsur f efpece de clarté qui résulte du choixdes expressions , ce qui n’est pas farticle leplus difficile. Les recherches générales furla distribution des pensées & fur la maniéré: de les disposer , manquent encore totale-; ment à la théorie des arts de la parole ; 5C: cependant ces deux points font peut-être ce■ qu’il importe le plus à f orateur , au poètei épique & au dramatique de savoir bien saisir-