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Tome huitième.
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^convenance , ou de la difconvenalice dequelqu’une de ses idées, ou du rapportqu’elles ont Tune à sature.

2 °. On dit qu’un homme connoît une pro-position , lorsque cette proposition ayantété une fois présente à son esprit, il a apperçuévidemment, la convenance ou la disconve-nance des idées dont elle est composée, &qu il sa placée de telle maniéré dans ía mé-moire , que toutes les fois qu’il vient à ré-fléchir fur cette proposition, il la volt parle bon côté, fans douter ni hésiter le moinsdu monde ; c’est ce qu on appelle connais-sance habituelle. Suivant cela, on peut dired’un homme, qu il connoit toutes les véritésdont ía mémoire conserve le précieux dé-pôt , en vertu d’une pleine & évidente per-ception qu’il en a eue auparavant, & sur la-quelle sesprit se repose hardiment sans avoirle moindre doute ; que s’il n’en a pas uneperception actuelle , du moins il a un senti-ment intime d’avoir eu cette perception. Eneffet, nos lumières étant aussi bornées quellesle font, 8c notre perception actuelle ne pou-vant s’étendre qu’à peu de choses à-la-fois ,si nous ne connoijfîons que ce qui est l’objetactuel de nos pensées, nous serions tousextrêmement ignorans, 8c nous ne pour- irions nullement étendre nos connoijfances.

Il y a aussi deux degrés de connoiffancehabituelle. j

L’un regarde ces vérités mises comme 'en réserve dans la mémoire, qui ne se pré-sentent pas plutôt à sesprit qu’il voit le rap-port qui est entre ces idées : ce qui se ren-contre dans toutes les vérités dont nous ;avons une connaissance intuitive.

Le deuxieme degré de connoiffance habi-tuelle appartient à ces vérités, dont sespritayant été une fois convaincu , conserve lesouvenir de la conviction sans en retenir lespreuves. Ainsi un homme qui se souvientcertainement qu’il a démontré que les troisangles d’un triangle font égaux à deux droits ,est asiuré qu’il connoit la vérité de cette pro-position , parce qu’il ne sauroit en douter.Il ne faut pas s’imaginer que cette croyance,qu’on donne plus à la mémoire qu’à la per-ception de la vérité même, soit une con-naissance mêlée de quelques nuages, 8c quitienne le milieu entre l’opinion 8c la certi-tude. Cette connoiffance renferme une par-

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faite certitude. Ce qui d’abord pourroit nousfaire illusion, c’est que l’on n’a pas une per-ception actuelle de toutes les idées intermé-diaires, par le moyen desquelles on avoítrapproché les idées contenues dans la pra-polition lorsqu’on se la démontra pour lapremiere fois. Par exemple, dans cette pro-position , les trois anales d’un triangle fontégaux à deux droits ; quiconque a vu & ap-perçu clairement la démonstration de cettevérité, connoit que cette proposition est vé-ritable , lors même que la démonstrationlui est échappée de sesprit, qu’il ne la voitplus, 8c qu’il ne peut se la rappeler ; maisil le connoit d’une autre maniéré qu’il nefaiíoit auparavant. C’est par l’interventiond’autres idées que celles qui avoient ac-compagné fa démonstration, qu’il apper-çoit la convenance des deux idées qui fontjointes dans la proposition. L’immutabilitédes mêmes rapports entre les mêmes chosesimmuables, est présentement sidée qui faitvoir que si les trois angles d’un triangle ontété une fois égaux à deux droits , ils ne ces-seront jamais de l’être, parce que les essen-ces des choses font éternelles 8c immuables.

C’est fur ce fondement, que dans les mathé-matiques , les démonstrations particulièresfournisient des connaissances générales. Eneffet , si la connoiffance n’étoit pas si fortétablie fur cette perception , que les mêmesidees doivent toujours avoir les mêmes rap-ports , il ne pourroit y avoir aucune con-noiffance de propositions générales -dans lesmathématiques : car nulle démonstrationmathématique ne seroit que particulière ; SClorsqu’un homme auroit démontré une pro-position touchant un triangle ou un cercle,sa connoiffance ne s’étendroit point au-delàde cette figure particulière. Personne neniera que M. Newton ne connût certaine-ment que cette suite de propositions , qu ilavoit liées & enchaînées, ne fût véritable ,quoiqu’il n’eût pas actuellement devant lesyeux cette chaîne admirable d’iôees moyen-nes , par lesquelles il en avoir découvert lavérité. Mais parce que le simple souvenirn’est pas toujours si clair que la perceptionactuelle ; & que par succession de temps elledéchoir plus ou moins, dans la plupart deshommes ; il me semble qu il en résulte ne-ceslàiremcnt que lu connoiffance démonstra-