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Tome huitième.
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§62 ^ CON

de difficulté pour atteindre la dixieme quequand on sait la neuvieme , ni la vingt &unieme quand on sait la vingtième, qu’iln’y a de difficulté à savoir la seconde quandon sait la premiere de toutes. Or il n est au-cun esprit raisonnable qui ne soit capabledevancer d’une premiere proposition à uneíeconde.

S'il se trouve quelquefois plus de diffi-culté dans la liaison de certaines proposi-tions , par exemple , entre la neuvieme &la dixieme , qu il n y en aura eu entre lapremiere & la seconde , c’est qu alors laproposition qu*on a mise pour la dixieme,nauroit pas dû suivre immédiatement laneuvieme ; il falloit mettre entre les deuxquelques idées intermédiaires, qui menas-sent l’esprit de la derniere proposition con-çue nettement à celle où iî se trouve de ladifficulté , ensorte que les degrés sullèntplus voisins & plus immédiats par rapportà celui qui est instruit.

Quoi qu il en soit, tout homme est ca-pable d’acquérir une connoiffance , qui parrapport à lui suive immédiatement uneautre connoiffance : il est donc capable d’at-teindre degré à degré & de connoiffance im-médiate en connoiffance immédiate à toutesles vérités & à toutes les sciences du monde.

La difficulté qu’il y a à étendre ses con-noffances , ne vient pas , comme on se fi-gure d’ordinaire, du côté de ^intelligence , ■mais du côté de la mémoire. On pourroitconduire par degrés & par la méthode géo-métrique tout esprit raisonnable à chacunedes connoiffhnces , dont le total forme ce quis'appelle poffeder une science. Le grand pointseroit de lui faire retenir en même tempstoutes ces diverses connoffances. L’inconvé- :nient donc le plus ordinaire dans le progrès'des sciences est le défaut de mémoire , quilaissant échapper une idee précédente, nousempêche de concevoir ce qu'on nous dit ac- 'tuelièment; parce qu’il est nécessairement liéavec cette idée précédente qui ne íè pré-sente plus à l’esprit.

Il faut observer qu’une démonstrationn’est exacte, qu'autan t que la raison ap-perçoit par une connoiffance intuitive la con-venance ou la disconvenance de chaqueidée, qui lie ensemble les idées entre les-quelles elle intervient, pour montrer lacon-

C O N

' venahce òu la disconvenance des deux idéesextrêmes; car, fans cela, on auroit encorebesoin de preuves pour faire voir la conve-nance ou la disconvenance que chaque ideemoyenne a avec celles entre lesquelles elleest placée, puisque fans la perception d'unetelle convenance ou disconvenance il ne sau-toir y avoir aucune connoiffance. Si elle estapperçnepar elie-même , c’est une connais-sance intuitive ; & si elle ne Test pas, il fàutque quelqu’autre idée moyenne intervienn*pour servir , en qualité de mesure com-mune, à montrer leur convenance ou leurdisconvenance; d’où il paroîtévidemment,que, dans le raisonnement, chaque dtgréquiproduit de la connoiffance , a une certitudeintuitive. Ainsi pour n’avoir aucun doutesur une démonstration , il est nécessaire quel’esprit retienne exactement cette perceptionintuitive de la convenance ou disconvenancedes idées intermédiaires dans tous les degréspar lesquels il s'avance. Mais parce que la,mémoire dans la plupart des hommes , sur-tout quand il est question d’une longue suitede preuves, n’est pas souple & docile pourrecevoir tant d’idées dont elle est commesurchargée , il arrive que cette connoiffance ,quartante la démonstration , est toujours

■ couverte de quelques nuages qui empê-chent qu’elle ne soit auffi claire & auffi par-faite que la connoiffance intuitive. De-là les

■ erreurs que les hommes prennent souventde la meilleure foi du monde pour autantde vérités.

1 Voilà donc les deux degrés de notre con-noffance , l’intuition & la démonstration.Mais à ces deux degrés on peut en ajourerencore deux autres, qui vont jusqu’à la plusparfaite certitude, je veux dire le rapportuniforme de nos sons, & les évènemens con-nus , incontestables & authentiques- Cesdeux connoffances embrassent la physique ,le commerce , tous les arts , f histoire & lareligion. Dans ce que nous apprenons parle rapport de nos sens, comme dans ce quenous connoillbns au-dedans de nous-mê-mes , l'objet peut être très-obscar : mais lemotif qui nous détermine à en porter quel-que jugement peut être clair & distinct. Cemotif, c’est le rapport réitéré de nos sen§ ?c’est l’expéricnce qui n °us assure la réalité' & l’usage de chaque chose. Rien n’emp 4 "