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Tome neuvième.
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fait la construction selon la pensée , & nonselon les mots. Ce sont des hommes quiont , &c. font est au pluriel auísi-bien queont, parce que l’objet de la pensée c’est deshommes plutôt que ce , qui est ici pris col-lectivement.

On peut ausiì résoudre ces façons de par-ler pr.r l’ellipse ; car ce font des hommes quiont, &c. ce, c’est-à-dire , les personnes quiont, &ec.font du nombre des hommes qui ,&c. Quand on dit, lu faiblesse des hommesest grande , le verbe est étant au singulier,s’accorde avec son nominatif la foibleffe ;mais quand on dit la plupart des hommess’imaginent, &c. ce mot la plupart pré-sente une pluralité à l’esprit ; ainsi le verberépond à cette pluralité qui est son corré-latif. C’est encore ici une syllepse ou syn-thèse , c’est-à-dire , une figure , selon la-quelle les mots font construits selon la pen-sée & la chose , plutôt que selon la lettre &la forme grammaticale : c’est par la mêmèfigure que le mot d epersonne , qui gramma-ticalement est du genre féminin , se trouvesouvent suivi de il ou ils au masculin ;parce qu’alors on a dans l’esprit l’homme oules hommes dont on parle qui font physique-ment du genre masculin. C’est par cettefigure que l’on peut rendre raison de certai-nes phrases où l’on exprime la particule ne ,quoiqu’il semble qu’elle dût être supprimée,comme lorsqu’on dit : je crains qu’il nevienne , j’empêcherai qu’il ne vienne , j’aipeur qu’il n’oublie , &c. En ces occasionson est occupé du désir que la chose n’arrivepas ; on a la volonté de faire tout ce qu’onpourra , afin que rien n’apporte d’obstacle àce qu’on souhaite : voilà ce qui fait énoncerla négation.

IV. La quatrième sorte de figure , c’estYhyperbate , c’est-à-dire , confusion , mé-lange de mots : c’est lorsqu’on s’écarte deTordre successif de la construction simple ;S axa vocant Itali , mediis , quœ influc-tibus , aras (Virg. JEneid. L I, v. z t J.)la construction est Itali vocant aras illafaxaquce funt in fluctibus mediis. Cette figureétoit, pour ainsi dire , naturelle au latin ;comme il n’y avoit que les terminaisons desmots, qui dans l’usage ordinaire fussent lessignes de la relation que les mots avoiententrç eux , les Latins n’avoient égard qu’àTome IX,

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ces terminaisons, & ils placoient les motsselon qu’ils étoient présentes à Pimagina-tion, ou selon que cet arrangement leur pa-roistoit produire une cadence &une harmo-nie plus agréable ; mais parce qu’en francoisles noms ne changent point de terminaison,nous sommes obligés communément de sui-vre Tordre de la relation que les mots ontentre eux. Ainsi nous ne saurions faire usagede cette figure , que lorsque le rapport descorrélatifs n’est pas difficile à appercevoir ;nous ne pourrions pas dire comme Virgile :

Frigidus, ó pueri, fugite lùnc , latet anguis in herbâ ;

Eccl. III. v. 93.

L’adjectif frígidus commence le vers , & lesubstantif anguis en est séparé par plusieursmots, fans que cette séparation apporte lamoindre confusion. Les terminaisons fontaisément rapprocher Tun de l’autre à ceux quisavent la langue : mais nous ne serions pas en-tendus en francois, si nous mettions un figrand intervalle entre le substantif & l’ad-jectif ; il faut que nous disions : fuye\ , unfroidserpent est caché sous I herbe.

Nous ne pouvons donc faire usage des in-versions , que lorsqu’elles font aisées à rame-ner à Tordre significatif de la constructionsimple ; ce n’est que relativement à cet or-dre , que lorsqu’il n’est pas suivi, on dit entoute langue qu’il y a inversion , & non parrapport á un prétendu ordre d’intérêt ou depassions, qui ne sauroit jamais être un ordrecertain, auquel on peut opposer le termed’inverfìon : incerta hcec fi tu postules ra-tione certa facere , nihilo plus agas , quamfi des operam ut cum ratione insanias.Ter. Eun. acl. I,fc. j, v. z 6.

En effet on trouve dans Cicéron & danschacun des auteurs qui ont beaucoup écrit ;on trouve, dis—je, en différens endroits , lemême fond de pensée énoncé avec les mê-mes mots, mais toujours disposés dans unordre différent. Quel est celui de ces diversarrangemens par rapport auquel on doitdire qu’il y a inversion ? iCe ne peut jamaisêtre que relativement à Tordre de la cons-truction simple. 11 n’y a inversion que lors-que cet ordre n’est pas suivi. Toute autreidée est sans fondement, & n’oppose inver-sion qu’au caprice ou à un goût particulier& momentanée,

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