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Tome neuvième.
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Mais revenons à nos inversions françoises.Madame Deshoulieres dit :

Que les fougueux aquilons ,

Sous la nef, ouvrent de UondeLes gouffres les plus profonds•

Deshoul. Ode.

La construction fimple est , que les aquilonsfougueux ouvrent fous fa nef les gouffres lesplus profonds de l’onde. M. Fléchier , dansune de ses oraisons funèbres, a dit : sacrifi-ce où coula le sang de mille victimes laconstruction^., sacrifice où le sang de millevictimes coula.

II faut prendre garde que les transposi-tions & le renversement d’ordre ne don-nent pas lieu à des phrases louches , équi-voques , & où Pesprït ne puisse pas aisémentrétablir Perdre significatif; car on ne doitjamais perdre de vue , qu’on ne parle quepour être entendu : ainsi lorsque les trans-positions mêmes servent à la clarté, on doit,dans le discours ordinaire, les préférer à laconstruction simple. Madame Deshoulieresa dit :

Dans les transports qu’infpireCette agréable saison ,

Où le cœur , d son empireAssujettit la raison.

L’esprìt saisit plus aisément la pensée , quesi cette illustre dame avoit dit : dans lestransports , que cette agréable saison , oùle cœur assujettit la raison à son empire,inspire. Cependant en ces occasions - làmêmes , Pesprit apperçoit les rapports desmots , selon î’ordre de la construction signi-ficative.

V. La cinquième sorte de figure , c’estl’imitation de quelque façon de parler d’unelangue étrangère , ou même de la languequ’on parle. Le commerce & les relationsqu’une nation a avec les autres peuples,font souvent passer dans une langue non-seu-lement des mots, mais encore des façons deparler qui ne font pas conformes à la cons-truction ordinaire de cette langue. C’est ainsique dans les meilleurs auteurs latins onobserve des phrases grecques, qu’on appelledes hellénisme9 : c’est par une telle imitation

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qu’Horace a dit ( l. III, ode 30 , v. t í, )Daunus agreflium regnavitpopulorum. LesGrecs disent i@ctTÍKív<rt ikv ?.aí'v. II y en aplusieurs autres exemples; mais dans ces fa-çons de parler grecques, il y a ou un nomsubstantif sous-entendu , ou quelqu’une deces prépositions grecques qui se construisentaveclegénitifiicionsous-entend 0 u<ri\uav ,comme M. Dacier I’a remarqué , regnavi tregnum populorum : Horace a dit ailleurs,regnata rura ( l. II, od. vj, v. z 1 . ) Ainsiquand on dit que telle façon de parler estune phrase grecque , cela veut dire queP ellipse d’un certain mot est en usage engrec dans ces occasions , & que cet ellipsen’est pas en usage en latin dans la construc-tion usuelle ; qu’ainsi on ne l’y trouve quepar imitation des Grecs. Les Grecs ont plu-sieurs prépositions qu’ils construisent avecle génitif; & dans Pusage ordinaire ils sup-priment les prépositions , en forte qu’il nereste que le génitif. C’est ce que les Latinsont souvent imité. ( Voye\ Sanctius, & laméthode de P. R. de l’hellénisme , page559- ) Mais soit en latin, soit en grec, ondoit toujours tout réduire à la coistructionpleine & à Panalogie ordinaire. Cette figureest austì usitée dans la même langue , sur-tout quand on passe du sens propre au sensfiguré. On ditau sens propre, qu’lln hommea de V argent, une montre, un livre ; &l’on dit par imitation , qu’// a envie , qu’ila peur , qu’il a besoin , qu’il a faim , &c.

L’imitation a donné lieu à plusieurs fa-çons de parler , qui ne font que des for-mules que Pusage a consacré. On se sert sisouvent du pronom il pour rappeller dansPesprit la personne déjà nommée , que cepronom a passé ensuite par imitation dansplusieurs façons de parler , où il ne rappellel’idée d’aucun individu particulier. Il estplutôt une forte de nom métaphysique idéalou d’imitation ; c’est ainsi que l’on dit, ilpleut, il tonne, il faut, il y a des gens quis’imaginent, &c. Ce il illud , est un motqu’on emploie par analogie, à l’imitation dela construction usuelle, qui donne un nomi-natif à tout verbe au mode fini. Ain hilpleut,c’est le ciel ou le temps qui est tel, qu’il faittomber la pluie ; il faut, c’est-à-dire cela yillud , telle chose est nécessaire , savoir,&c.