674 COU
& analyser par un habile chymiste chaqueespece de couleur.
Les anciens employoient le jus d’ailpour rendre leurs couleurs fixes. Plinedit que le fameux Apelles avoir inventéun vernis transparent qui garantistòit lescouleurs de ses tableaux des injures dePair , de la pouíliere & de Phumidité : ilajoute que malheureusement ce secretétoit perdu. L’on a cependant trouvé dansHerculane un tableau peint à fresque , ilest imbibé de cette espece de vernis pré-cieux & unique. Ce tableau représenteune muse qui porte sur Pépaule un instru-ment de musique. M. Nicolo Vagnucci.post'ede ce monument.
Nous observerons en pastant, qu’à Malteon prétend que le grès du pays frotté ouimbibé du suc de l’oignon de squille , de-vient inaltérable par Pair, par la pluie, &c.
Les anciens estimoient beaucoup les ca-maïeux , qu’ils nommoient monochromesou peintures d’une feule couleur. La plupartdes tableaux d’Herculane font de vrais ca-maïeux : dans quelques-uns les figures fontpeintes ou en rouge, ou en couleur natu-relle , fur un fond noir , brun, rouge,jaune ou blanc.
Pétrone parle avec admiration des mo-nochromes faits par Apelles & par Pro-togene. Pline ajoute à ce sujet que cesfameux peintres n’employoient tout auplus que quatre couleurs pour faire deschefs-d’œuvre qui valoient les richessesd’une bonne ville , & qu’il est étonnantque les peintres de son temps emploientune plus grande quantité de couleurs. Nousobserverons en pastant, que les camaïeuxfont utiles pour occuper un jeune peintrequi veut se perfectionner dans Part de dé-grader les couleurs par le clair obscur : maisles monochromes font pour le reste deshommes des peintures contre nature ; iln’y a que des yeux malades qui voient toutverd ou tout rouge , &c.
Pline dit que le blanc des anciens pein-tres étoit fait avec le tripoli blanc , c'est-à-dire , Pargille blanche : leur rouge étoitfait avec le bol d’Arménie, le sang dedragon , ou le carmin , qu’il appelloientminium ; leur jaune étoit le stil attique ,«c’est-à-dire, une espece d’ochre ; l’on en
c ° U
tiroir austi d’Egypte , de Syrie & d’Espa-gne : leur noir étoit fait avec le vitriol :ils tiroient leur couleur de pourpre d’uneville de la Grece ou de la Gétulie , oude la Laconie.
Les tableaux d’Hercuiane démontrentque les anciens peignoient en détrempe &en fresque avec une belle couleur bleuefoncée , semblable à notre bleu de Prusse ;ils avoient un beau verd , un violet : ilssavoient parfaitement imiter les couleurschangeantes de la gorge des pigeons & dela queue des paons.
Après avoir donné une idée suffisantede la qualité & du nombre des couleurs ,& après avoir indiqué la maniéré dontles anciens les employoient, ou fur latoile, ou fur la peau , ou fur le bois, ouà fresque , ou cn détrempe , & commentils les garantiísoient des injures de Pair &de Phumidité par des vernis, nous devonsajouter fur cette matière, que commel’on s’est apperçu depuis plusieurs annéesque toutes les peintures antiques, à fres-que , ou en détrempe , que l’on avoit trou-vées dans les tombeaux des Nafons , deCelsius, dans les ruines du Palais de Tite ,£>c. étoient péries en peu d’années , &que celles d’Herculane se dégradeient ; leroi de Naples a chargé le fignor Moriconi,Sicilien, officier d’artillerie , fort habiledans Part de composer des vernis, d’enappliquer fur tous les tableaux que l'on afait scier sur les murs d’Herculane ; maisle vernis de M. Moriconi a beaucoup en-dommagé le coloris des tableaux.
On peut fur cette matière consulter leVoyage d’Italie , par M. de la Lande : lesLettres fur Herculane , par M. Seigneuxde Correvon, imprimées a Yverdun , en1770, 2, vol. in- 1 1 : & les Observationspériodiques fur la Physique , VHifloirenaturelle & les beaux - arts , août 1756.On verra dans ce dernier ouvrage que lesanciens n’avoient pas , comme nous, la co-chenille & quantité de couleurs que noustirons de l’Aíie & de PAmérique ; mais ilsen avoient qui étoient équivalentes.
II nous reste à rapporter en peu de motsle jugement que MM. Cochin & Bcllicartont porté du coloris des tableaux d’Her-culane , dans le petit ouvrage qui a pour