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Tome neuvième.
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ame s’arme de vaillance , & cet hommedevenu presque féroce, court gaiement àla mort au bruit des tambours. On estbrave à la guerre, parce que le faste ,le brillant appareil des armes, le pointd’honneur , l’exemple , les spectateurs, lafortune , excitent les esprits que l’on nom-me courage. Jettez-moi dans les troupes,dit la Bruyere , en qualité de simple sol-dat , je suis Thersite ; mettez-moi à la têted’une armée dont j aie à répondre à toutel’Europe , je fuis Achille. Dans la maladie ,au contraire , où l’on n’a point de specta-teurs , point de fortune , point de distinc-tions à espérer , point de reproches à ap-préhender , l’on est craintif & lâche. Oùl’on n’envisage rien pour récompense ducourage du cœur , quel motif soutiendraitl’amour propre ? II ne faut donc pas êtresurpris de voir le héros mourir lâchementau lit, & courageusement dans une action.

Le courage d’esprit , c’est-à-dire, cetterésolution calme, ferme , inébranlable dansles divers accidens de la vie , est une desqualités des plus rares. II est très-aisé d’ensentir les raisons. En général tous les hom-mes ont bien plus de crainte , de pusil-lanimité dans l’esprit que dans le cœur ;& comme le dit Tacite , les esclaves vo-lontaires font plus de tyrans, que les tyransne font d’efclaves forcés.

II me semble , avec un auteur modernequi a bien développé la différence des deuxcourages ( Conjìdér. fur les mœurs , )

que le courage d’esprit consiste à voir„ les dangers , les périls , les maux , &>1 les malheurs , précisément tels qu’ilsj»vont, & par conséquent les restour-„ ces ; les voir moindres qu’ils ne font,,, c’est manquer de lumières , les voir» plus grands, c’est manquer de cœur :„ la timidité les exagere , & par-là les3 > fait croître : le courage aveugle les dé-33 guise , & ne les affaiblit pas toujours ;„ l’un & l’autre mettent hors d’état d’en33 triompher. Le courage d’esprit suppose3 > & exige souvent celui du cœur, le» courage du cœur n’a guere d’usage que» dans les maux matériels , les dangers3> physiques, ou ceux qui y font relatifs.33 Le courage d’esprit a son application>3 dans les circonstances les plus délicatesl> de la vie. On trouve aisément des hom-

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» mes qui affrontent le péril le plus évi-33 dent ; on en trouve rarement qui fans33 se laiflbr abattre par un malheur, sa-33 c hen t en tirer le parti qui conviendrait. »

Cependant l’Histoire , & l’on ne doitpas le dissimuler , ne manque pas d’exem-ples de gens qui ont réuni admirable-mens en eux le courage de cœur & lecourage d’esprit : il ne faut que lire Plu-tarque parmi les anciens, & de Thouparmi les modernes, pour sentir son ameélevée par des traits & des actions de cetteespece , glorieuses à 1 humanité. Maisl’exemple le plus fort & le plus frappantqu’il y ait peut-être en ce genre, exem-ple que tout le monde fait , qu’on citetoujours, & que j’ose encore transcrireici, c’est celui d’Arria femme de CecinaPœtus, fait prisonnier par les troupesde l’empereur Claude , après la déroute deScribonianus dont il avoir embrassé le parti.

Cette femme courageuse ayant inuti-lement tenté , par les instances les plusvives, les plus séduisantes , & les plusingénieuses , d’être reçue dans le navirequi çonduisoit son mari prisonnier, loua,sans s’abandonner au désespoir , un bateaude pêcheur, & suivit Pœtus toute feuledans ce petit esquif depuis l’Esclavoniejusqu’à Rome. Quand elle y fut arrivée,& qu’elle ne vit plus d’espérance de sau-ver les jours de son mari, elle s’apper-çut qu’il n’avoit pas le cœur assez fermepour se donner la mort , à laquelle lacruauté de l’empereur le contraignoit. Danscette extrémité elle commença , pour tâ-cher d’y disposer Pœtus, d’employer sesconseils & les exhortations les plus pres-santes : alors le voyant ébranlé , elle pritdans fa main le poignard qu’il portoit :Sic , Pacte , fais ainsi, mon cher Pœtus ;& à l’instant s’étant donné un coup mortelde ce même poignard , elle l’arracha dela plaie , le lui présenta tranquillement,& lui dit en expirant ces trois mots :Pcete , non dolet ; tiens, Pœtus, il nem’a point fait de mal. Prxclarum illud ,s’écrie Pline , serrutn slringere , persoderepeâus , extrahere pugionem , porrigeremarito , addere vocem immortalem acpane divinam , Pœte non dolet. Pline,ep. xvj. liv. III. Article de M. le Che-valier DE JAUCOUE.T.

COURALIN,