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Tome quatorzième.
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dit qu à la fête des fous, follorum , on con-duisoic un âne, & que l’on chantoit hé ,j ire âne, hé, hé, 8 c que plusieurs alloient àr'église déguisés en habits grotesques ; ce quifut alors abrogé. Cet âne étoit honoré d’unechape qu’on lui mettoit fur le dos. On nousa conservé la rubrique que 1 on chantoitalors, & le pereThéophile Raynaud témoi-gne l avoir vu dans le rituel d une de noséglises métropolitaines. f

Il y a un ancien manuscrit de l’église deSens , où l’on trouve l ‘office des fous toutentier.

Enfin , pour abréger, presque toutes leséglises de France ont célébré la fête desfous fans interruption pendant plusieurs sié-cles durant l’octave des rois. On l’a mar-quée de ce nom dans les livres des officesdivins : feflum fatuorum in epiphaniâ & ejusoclavis.

Mais ce n’est pas seulement en France quedétendirent les abus de cette fête ; ils passè-rent la mer , & ils régnoient peut-être en-core en Angleterre vers l’an 1530: du moinsdans un inventaire des ornemens de l’églised’Yorck , fait en ce temps-là , il est parléd’une petite mitre Sc d’un anneau pour l’é-vêque des fous.

Ajoutons ici que cette fête n’étoit pascélébrée moins ridiculement dans les autresparties septentrionales & méridionales deí’Europe , en Allemagne , en Espagne , enItalie, 8 c qu’il reste encore çà 8 c là des tracesque le temps n’a point effacées.

Outre les jours de la nativité de notreSeigneur, de S. Etienne , de S. Jean l’é-vangéliste , des innocens , de la circonci-sion de l’épiphanie, ou de l’octave des in-nocens , que se célébrait la fête des fous ,il se pratiquait quelque chose de semblablele jour de S. Nicolas 8 c le jour de sainteCatherine dans divers diocèses, 8 c particu-lièrement dans celui de Chartres. Tout lemonde fait, dit M. Lancelot, hifl. de l’acad.des Infcrip. tome IV, qu’il s’étoit introduitpendant les siécles d’ignorance , des sitesdifféremment appellées des fous , des ânes ,des innocens , des calendes. Cette différencevenoit des jours 8 c des lieux où elles sefaisaient; le plus souvent c’étoit dans lesfetes de noël , à la circoncision ou à l’é-piphanie.

Tome XIV ,;

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' Quoique cette fête eût été taxée de pa-ganisme 8 c à‘idolâtrie par la Sorbonne en, 1444 , elle trouva des apologistes qui en; défendirent l’innocence par des raisonne-mens dignes de ce temps-là. Nos prédé-cesseurs , diíbient-ils, graves & saints per-sonnages, ont toujours célébré cette fête;pouvons-nous suivre de meilleurs exemples?D’ailleurs la folie qui nous est naturelle ,& qui semble née avec nous, íè diffipedu moins une fois chaque année par cettedouce récréation ; les tonneaux de vins crè-veraient, si on ne leur ouvrait la bondepour leur donner de l’aîr : nous sommesdes tonneaux mal reliés, que le puissant vinde la sagesse ferait rompre , si nous le lais.fions bouillir par une dévotion continuelle.Il faut donc donner quelquefois de l’air à' ce vin , de peur qu’il ne se perde & ne serépande sans profit.

L’auteur du curieux traité contre le pa-ganisme du roi - boit , prétend même qu’undocteur de théologie soutint publiquementà Auxerre sur la fin du xv e siecle, que lafête des fous n’étoit pas moins approuvéede Dieu que la fête de la conception im-maculée de Notre-Dame , outre qu’elle étoitd’une tout autre ancienneté dans l’église.

Auffi les censures des évêques des xiij 8 cxiv' siécles eurent si peu d’efficace contre kpratique de la fête des fous , que le concilede Sens, tenu en 1460 8 c en 1483, en parlecomme d’un abus pernicieux qu’il falloit né-cessairement retrancher.

Ce fut seulement alors que les évêques »les papes & les conciles se réunirent plusétroitement dans toute l’Europe, pour abro-ger les extravagantes cérémonies de cettefête. Les constitutions synodales du diocèsede Chartres, publiées en 1 sso, ordonnèrentque l’on bannît des églises les habits desfous qui font des personnages de théâtre.Les statuts synodaux de Lyon, en ip 66 8 c1577, défendirent toutes les farces de lafête des fous dans les églises. Le concile deTolede, en 1566, entra dans le sentimentdes autres conciles. Le concile provinciald’Aix, en 15 8j, ordonna que l’on fît cesserdans les églises, le jour de la fête des in-nocens , tous les diverdffemens, tous lesjeux d’enfàns & de théâtre qui y avoient; subsisté jusqu’alors. Enfin le concile provin-

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