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Tome quatorzième.
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l’orcie Sc Sulpicie , les remplacerent en pré-sentant à la jeune princeíìe les palmes de lapudeur , quelles avoient méritées pendantleur vie. Leur danse noble & modeste futadroitement coupée par Bacchus , Silene Scles Egypans , qui venoient célébrer une nocefí illustre , Sc la fête fut ainsi terminée d'unemaniéré aussi gaie qu’ingénicuíe.

Cet astémbíagc de tableaux en action ,allez peu relatifs peut-être l’un à f autre ,mais remplis cependant de galanterie , d’i-magination, &: de variété , ht le plus grandbruit en Italie , & donna dans la fuite, l’i-dée des carrousels réguliers, des opéra , desgrands ballets à machines, Sc des fêtes ingé-nieuses avec lesquelles on a célébré en Europeles grands événemens. Voye £ le traité de ladanse , liv. I, ch. ij , pag. X , &C les articlesBallet , Opéra, Spectacle.

On apperçut dès-lors que dans les grandescirconstances, la joie des princes, des peu-ples , des particuliers même , pouvoit êtreexprimée d'une façon plus noble , que parquelques cavalcades monotones , par detristes fagots embrasés en cérémonie dans lesplaces publiques & devant les maisons desparticuliers ; par l’invention grossière de tousces amphithéâtres de viandes entassées dansles lieux les plus apparens , Sc de ces dégoû-tantes fontaines de vin dans les coins deslues, ou enfin par ces mascarades déplai-santes qui , au bruit des fifres & des tam-bours , n’apprêtent à rire qu'à l’ivresse feulede la canaille , & infectent les rues d’unegrande ville , dont l’extrême propreté dansces momens heureux , devroit être une desplus agréables démonstrations dc l’alégreflepublique.

Dans les cours des rois on sentit par cetexemple , que les mariages , les victoires ,tous les événemens heureux ou glorieux ,pouvoient donner lieu à des spectacles nou-veaux , à des divertiííèmens inconnus, à desfestins magnifiques , que les plus aimablesallégories animeroient ainli de tous les char-mes des fables anciennes ; enfin que la des-cente des dieux parmi nous embeliiroit laterre , Sc donneroit une espece de vie à tousîes amusemens que le génie pouvoit inven-ter ; que l’art íauroit mettre en mouvementles objets qu'on avoir regardés jusqu’alorscomme des malles immobiles, Sc qu'à force,

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de combinaisons & d’eftorts , il arríveroitau point de perfection dont il est capable.

C’est fur ce developpement que les coursd'Itaíie imitèrent tour-à-tour la fete de Ber-goncè de Botta ; Sc Catherine de Médicisenportant en France le germe des beaux arcsqu'elle avoir vu renaître à Florence , y portaaussi le goût de ces fêtes brillantes , qui de-puis y fut pouffé julqu'à la plus superbemagnificence Sc la plus glorieuse perfection.

On ne parlera ici que d’une seule des fêtesde cette reine , qui avoir toujours des des-seins , n'eut jamais de scrupules , & qui futfi cruellement se servir du talent dangereuxde ramener tout ce qui échappoit de sesmains , à l'accqmpliíìement de les vues.

Pendant fa régence , elle mena le roi àBayonne , où fa fille reine d’Eípagne , vintla joindre avec le duc d’Albe, que la ré-gente vouloir entretenir : c’est-ìà qu’elle dé-ploya tous les petits relions de fa politiquevis-à-vis d’un ministre qui en connoilsoit deplus grands , Sc les ressources d’une fine ga-lanterie vis-à-vis d’une foule de courtisansdivisés, qu’elle avoir intérêt de distraire del’objet principal qui l’avoit amenée.

Les ducs de Savoie Sc de Lorraine , plu-sieurs autres princes étrangers, étoient accou-rus à la cour de France , qui étoit aussi mag-nifique que nombreuse. La reine qui vouloirdonner une haute idée de son administra-tion , donna le bal deux fois le jour , festinsfur festins, fête fur fete. Voici celle où jetrouve le plus de variété , de goût, Sc d’in-vention. Voye £ les mémoires de la reine deNavarre .

Dans une petite isse située dans la rivierede Bayonne , couverte d’un bois de haute-futaie , la reine fit faire douze grands ber-ceaux qui aboutissaient à un talion de formeronde , qu’on avoir pratiqué dans le milieu.Une quantité immense de lustres de fleurssurent sutpendus aux arbres, Sc on plaça unetable de douze couverts dans chacun desberceaux.

La table du roi , des reines , des princes& des princesses du sang , étoit drelìée dansle milieu du saison ; ensorte que rien ne leurcachoit la vue des douze berceaux où étoientles tables destinées au reste de la cour.

Plusieurs symphonistes distribués derrièreles berceaux Sc cadrés par les arbres, le