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esprits, qu’un penchant vif entraîne vers lesarts, les effets sorprenans dont ils ont avantnous été capables : à cette vue, on les verraprendre peut-être un noble essor pour suivreccs glorieux modelés, Sc s’échauffer mêmede l'espoir tout-puissant de les surpasser quel-que jour.
Je prends pour époque en ce genre des pre-miers jets du génie , la se te de Bergonce deBotta , gentilhomme de Lombardie ; il ladonna dans Tortone vers l’année 1480 , àGaléas duc de Milan, & à la pfncesse Isa-belle d 1 Arragon sa nouvelle épouse.
Dans un magnifique sallon entouré d’u-ne galerie , où étoient distribués plusieursjoueurs de divers instrumens, on avoit dresséune table tout à-fait vuide. Au moment quele duc Sc la duchestê parurent, on vit Jason& les Argonautes s’avancer fièrement fur unesymphonie guerriere; ils portoientla fameusetoilon-dor, dont ils couvrirent la table aprèsavoir dansé une entrée noble, qui exprlmoitleur admiration à la vue d’une princesse sibelle, Sc d’un prince fi digne de la posséder.
Cette troupe céda la place à Mercure. 11chanta un récit, dans lequel il racontoitl’adresse dont il venoit de se servir pour ravirà Apollon qui gardoit les troupeaux d’Ad-mette , un veau gras dent il faisoit hom-mage aux nouveaux mariés. Pendant qu’ille mit fur la table, trois quadrilles qui lesuivoient exécutèrent une entrée.
Diane Sc les nymphes succédèrent à Mer-cure. La déefle faisoit suivre une especede brancard doré , sur lequel on voyoit uncerf : c’étoit, disoit-elle , un Actéon quiétoit trop heureux d’avoir cesté de vivre ,puisqu il alloit être offert à une nymphe aulîiaimable Sc auffi sage qu’Isabelle.
Dans ce moment une symphonie mélo-dieuse attira l'attention des convives ; elleannonçoit le chantre de la Thrace ; on le vitjouant de fa lyre Sc chantant les louanges dela jeune duchestê.
“Je pleurois, dit-il, fur le mont Apenninla mort de la tendre Euridice ; f ai apprisl’union de deux amans dignes de vivre 1 unpour l’autre , Sc j’ai senti pour la premieresois, depuis mon malheur, quelque mouve-ment de joie; mes chants ont changé avec lessentimens de mon cœur; une foule d’oiseauxa volé poux m’entendre, je les offre à la plus
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belle princesse de la terre , puisque la char-mante Euridice n’est plus
Des sons éclatans interrompirent cettemélodie ; Atalante Sc Thésée conduisant aveceux une troupe leste & brillante , représen-teront par des danses vives une chaste à grandbruit : elle sot terminée par la mort du fan-;glier de Calydon , qu’ils offrirent au jeûnéduc en exécutant des ballets de triomphe.
Un spectacle magnifique succéda à cetteentrée pittoresque : on vit d’un côté Iris íurun char traîné par des paons, & suivie dtìplusieurs nymphes vêtues d’une gaze légere,qui portoient des plats couverts de ces íùjperbes oiseaux.
La jeune Hébé parut de l’autre , portantle nectar qu elle verse aux dieux ; elle étoitaccompagnée des bergers d’Arcadie chargésde toutes les especes de laitages de VertumneSc de Pomone qui servirent toutes les sortesde fruits.
Dans le même temps l’ombre du délicatApicius sortit de terre ; il venoit prêter à cesuperbe festin les fineísos qu’il avoit inventées,& qui lui avoient acquis !a réputation du plusvoluptueux des Romains.
Ce spectacle disparut, & il se forma ungrand ballet composé des dieux de la mer Scde tous les fleuves de Lombardie. 11 s portoientles poissons les plus exquis , Sc ils les servi-rent en exécutant des danses de différens ca-ractères.
Ce repas extraordinaire fut suivi d’unspectacle encore plus singulier. Orphée en fitl’ouverture ; il conduisoit l’hymen Sc unetroupe d’amours : les grâces qui les soivoiententouroient la foi conjugale , qu’ils présen-tèrent à la princesse, Sc qui s’offrit à elle pourla servir.
Dans ce moment Sémiramis, Hélene,Médée , Sc Cléopâtre interrompirent le récitde la foi conjugale , en chantant les égare-mens de leurs passions. Celle-ci indignéequ’on osât souiller , par des récits aussi cou-pables , l’union pure des nouveaux époux ,ordonna à ces reines criminelles de difpa-roître. A fa voix , les amours dont elle étoitaccompagnée fondirent,par une danse vive Scrapide fur elles, les poursuivirent avec leursflambeaux allumés, Sc mirent le feu aux voilesde gase dont elles étoient coiffées.
Lucrèce, Pénélope, Thomìris, Judith ,