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Tome quatorzième.
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Une batterie de canon, que les juratsavoient fait placer environ cent pas au des-sous du lieu de rembarquement, fit unesalve qui servit de signal pour celle du pre-mier vaisseau; celle-ci pour celle du second& successivement jusqu’au dernier : ces vaisseaux , tant françois qu étrangers, tous pa-voisés, pavillons 8c flammes dehors, étoientrangés fur deux lignes : ces salves différen-tes furent réitérées, aussi-bien que celles destrois châteaux, qui furent faites chacune enson temps.

Une chaloupe remplie de symphonistes,tournoit fans cesse autour de la maison na-vale ; mais ce n’étoit pas le seul bateau quivoltigeoit; il y en avoir autour d’elle quan-tité d’autres de toute eípece, & différem-ment ornés, qui faisoient de temps en tempsdes salves de petits canons.

Dans la distance qu’il y a du bout deschartreux à la traverse de Lormont, le tempsétoit si calme 8c la marée si belle, qu on sedétermina à continuer la route de la mêmemaniéré jusqu a Blaye.

La navigation continua ainsi par le plusbeau temps du monde : on arriva insensi-blement au lieu appellé le Bec-d’Ambés,où les deux rivières, de Garonne & Dordo-gne, se réunissent, 8c où commence la Gi-ronde; seau étoit très-calme, madame ladauphine alla fur la galerie, & y demeuraprès d’un quart d’heure à considérer les !dif-rércns tableaux dont la nature a embelli cetadmirable point de vue.

Lorsque madame la dauphine fut rentrée,les députés du corps-de-ville de Bordeauxlui demanderent la permission de lui pré-senter un dîner que la ville avoit fait prépa-rer, & d avoir shonneur de sy servir; ceque madame la dauphine ayant eu la bontéd agréer, suivant ce qui s’étoit pratiqué lorsdu passage de fa majesté catholique, perede cette princesse, la cuisine de la ville abor-da la maison navale, 8c celle de la bouchequi avoit suivi depuis Bordeaux, se retira.

Au signal qui fut donné, les chaloupes deremorque leverent les rames, soutenant seu-lement de la chaloupe de devant, pour te-nir les autres en ligne.

M. Cazalet eut l’honneur d’entrer dansl’intérieur de la chambre de madame la dau-phine , séparée du reste par une balustçade,

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de mettre le couvert, & de présenter le pain ;les deux autres députés se joignirent à lui,8c ils eurent l’honneur de servir ensemblemadame la dauphine, & de lui verser àboire.

On se trouva au port à la fin du dîner ,après sabordage la princesse sortit sur unpont que les jurats de Bordeaux avoientfair construire ; le comte de Rubempré te-nant fa main gauche, M. Cazalet ayantl’honneur de tenir la droite, elle se mit dansfa chaise pour se rendre à shôtel qui lui étoitpréparé.

On voir par ces détails cé que le génie &: lezele peuvent être unis ensemble. On ne vit àBordeaux, pendant le séjour de madame ladauphine, que des réjouissances & des ac-clamations de joie; ce n’étoientqueMercon-tinuelles dans la plupart des maisons. Lepremier président du parlement & l’inten-dant donnerent l’exemple ; ils tinrent soir &matin des tables aussi délicatement que ma-gnifiquement servies.

Le corps-de-ville de Bordeaux tint aussimatin 8c soir des tables très-délicates, 8ctout s’y passa avec cette élégance aimable,dont le goût fait embellir les efforts de la ri-chesse. (B )

Fêtes des Princes de France. Nosprinces, dans les circonstances du bonheurde la nation, signalent souvent par leur ma-gnificence leur amour pour la maison augustedont ils ont la gloire de descendre, & seplaisent à faire éclater leur zele aux yeux dupeuple heureux qu’elle gouverne.

C’est cet esprit dont tous les Bourbonssont animés, qui produisit lors du sacre duroi en 1725 , ces fêtes éclatantes à Víllers—Coterets, & à Chantilly, dont l’idée, l’exé-cution 8c le succès furent le chef-d’œuvredu zele & du génie. On croît devoir en rap-porter quelques détails qu’on a rassemblésd’après les mémoires du temps.

Le roi après son sacre partit de Soissons le2 de novembre 1722 à dix heures du ma-tin , 8c il arriva à Villers-Coterets fur lestrois heures 8c demie, par la grande avenue deSoiflons. On savoir ornée dans sous les inter-valles des arbres, de torchères de feuillée por-tant des pots à feu. L’avenue de Paris, quise joint à celle-ci dans le même alignementfaisant assemble une étendue de près d’une