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Tome quatorzième.
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On vit à Paris j le 24 janvier 1730 , unefête aussi belle que toutes celles qu ou yavoit données dans les occasions d'éclat.J' n vais donner Feíquisse , parce qu'elltservira de preuve à la proposition que j’aiavancée fur faction que je íouhaite dans lesf ux d’artifice , Sc aux principes que je pro-pose plus haut fur leur composition. Vuye^Fête de la Cour.

La naissance de monseigneur le Dauphinset le sujet de cette fête. MM. de Santa-Crux Sc de Barenechea , ambassideurs duroi d'Elpagne , en avoient été chargés parS. M. Catholique.

L'hôtel de Bouillon situé fur le quai desT héatins, vis-à-vis du Louvre , servit d'em-placement à la scene principale ; il fut com-me le centre de la fête & du spectacle.

Le 14 janvier 1730 , à 6 heures du soir ,les illuminations préparées avec un art extrê-me , Sc dont 011 trouvera ailleurs la descrip-tion (voyti_ Illumination j , commence-rait avec la plus grande célérité , & la sur-face de la rivière offrit tout à coup un spec-tacle enchanteur ; c’étoit un vaste jardin de1 un à l’aurre rivage du fleuve , qui à cetendroit a environ 90 toises de large , furun espace de 70 dans fa longueur. La situa-tion étoit des plus magnifiques Sc des plusavanugasses , étant naturellement bien dé-corée par le quai du collège des Quatre Na-tions d’un coté , par celui des galeries duLouvre de l'autre , Sc aux deux bouts park Pont Neuf & par le Pont Royal.

Deux rochers isolés ou montagnes escar-pées , symbole des monts Pyrénées , quiséparent la France de l'Espagne j sormoiçntk principal objet de cette pompeuse décorition au milieu de la nviete. Les deuxmonts étoient joints par leurs bases fur unplan d'environ 140 piés de long , fur 60de large , ôí séparés par bur cime de prèsde 40 piés , ayant chacun 8 z piés d'éléva-tiou au dessus de la surface de l'eau , Sc desdeux grinds bateaux fur lesquels tout l'édi-fice étoit construit.

On voyoit une agréable variété fur cesmontagnes, où la nature étoit imitée avecbeaucoup d’art dans tout ce qu'elle a d’agresteSc de sauvage. Dans un endroit c étoient descrevasses, avec des quartiers de rochers ensaillie : dans d'autres, des plantes Sc des iarbustes, des cascades , des,nappes Sc chû-

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tes d eau imitées , par des gases d argent,des antres , des cavernes, 6 ’c. Il y avoittout au pourtour , à fleur d’eau, des sirenes,des tritons , des néréides, Sc autres mons-tres marins.

A une certaine distance , au dessus Scau dessous des rochers, on voyoit à fleurd eau deux parterres de lumières qui occu-poient chacun un espace de 18 toises sur 1 y ,dont les bordures étoient ornées alternati-vement d’ifs Sc d'orangers, avec leurs fruits,de 11 piés de haut, chargés de lumières.Le dessin des parterres étoit tracé & figuréd'une maniéré variée & agréable par des,terrines , par du gazon Sc du fable de di-verses couleurs.

Du milieu de chacun de ces parterres s'é-levoient des efpeces de rochers jufqu'à lahauteur de 15 piés , fur un plan de 30 piésfur 11. On avoit placé au dessus une figurecolossale , bronzée en ronde boise , de 16piés de proportion. A l'un c'étoit le fleuvedu Guadalquìvir , avec un lion au bas ; onlifoit en lettres dor , fur Fume de ce fleuveces deux vers d'Ovide :

Non illo melior quifquam , nec amantior cequiRex suit , aut illâ reverentior ulla dearum.

Sc à l'autre parterre c’étoit la riviere dcSeine avec un coq. On voyoit fur Fume,d’où l'eau du fleuve paroissoit sortir en gazed’argent, ces vers de Tibulle :

Et longì ante alias omnes mitijsima mater ,

Isque pater , quo non alter amabilior .

Aux deux côtés des parterres 8c des deuxmonts régnoient six plate-bandes fur deuxlignes aussi à fleur d'eau , ornées Sc déco-rées dans le même goût des parterres. Lestrois de chaque côté occupoient un espacede plus de cent piés de long fur 15 de large.

Deux terrasses de charpente , à doublesrampes dc 10 piés de haut, étoient adosséesaux quais des deux côtés, Sc se terminoienten gradins jusques fur le rivage. Elles ré-gnoient fur toute la longueur du jardin , Scoccupoient un terrein de 408 piés fur lamême ligne , en y comprenant une fuite dedécorations rustiques, qui fembloient servird'appui à ces deux grands perrons ; le toutétoit garni d une si grande quantité de ter-rines , que les yeux en étoient éblouis > Scles tenebres dç la nuit entièrement: dissi-.