Band 
Tome quatorzième.
Seite
306
JPEG-Download
 

zo6 FIC

tout ce qui est faux est passager : î’erreurelìe-même méprise 1 erreur : la vérité seule,ou ce qui lui ressemble , est de tous les paysôc de tous les siécles.

La fiction doit donc être la peinture de lavérité, mais de la vérité embellie, animéepar le choix & le mélange des couleursqu'elle puiíe dans la nature. Il n’y a pointde tableau si parfait dans la dispositionnaturelle des choses, auquel ^imaginationn'ait encore à retoucher. La nature dans sesopérations ne pense à rien moins qu'à êtrepittoresque. Ici elle étend des plaines , oùTocil demande des collines ; là elle resserrel'horizon par des montagnes, où l'ceil aime-roit à s’égarer dans le lointain. Il en est dumoral comme du physique. L’histoire a peude íujets que la poésie ne soit obligée decorriger & dembcllir pour les rendre inté-ressans. C'est donc au peintre à composerdes productions Sc des accidens de la natureun mélange plus vivant , plus varié , plustouchant que ses modelés. Et quel est lemérite de les copier servilement ? Combiences copies font froides Sc monotones, auprèsdes compositions hardies du génie en liber-té ; Pour voir le monde rel qu’ìl est , nousrsavons qu’à le voir en lui-même; c’est unmonde nouveau qu on demande aux arts ;un monde tel qu’il devroit être , s'il n'étoitfait que pour nos plaisirs. C't st donc à l’ar- ;tiste à se mettre à la place.de la nature, &à disposer les choses suivant l’eípece dsemo-tion qu il a dessein de nous causer , commela nature ses eût dispofëes elle-même , si•aile avoit eu pour premier objet de nousdonner un spectacle riant, gracieux , oupathétique.

On a prétendu que ce genre de fictionn'avok point de réglé sure , par la raisonque l'idce du beau , soit en morale , soite.n physique , n ecoit ni absolue ni invaria-ble. Quoi qu'U en soit de la beauté physi-que , íur laquelle du moins les notionséclairées & polies sont d'accord depuis trois,mille ans, la beauté morale est la même chez.tous ses peuples de la terre. Les Européensont trouvé une égale vénération pour la jus-tice , la générosité , la constance ; une égalehorreur pour íá cruauté , la lâcheté , la tra-hison , chez les sauvages du nouveau mon-de , que chez les peuples les plus vertueux,

FIC

Le mot du cacique Guatimosin, & moi ,suis-je fur un lit de roses ? auroit été beaudans l’ancienne Rome ; & la réponse deTun des proscrits de Néron au licteur , mi-nant tu tam fortiter sérias , auroit été admi-rée dans la cour de Montésuma.

Mais plus l'idée Sc le sentiment de labelle nature sont déterminés & unanimes,moins le choix en est arbitraire, & plus par, conséquent limitation en est difficile, Sc lacomparaison dangereuse du modelé à limi-tation. C'est-là ce qui rend si glissante lacarrière du génie dans la fiction qui s'éleveau parfait ; csest sur-tout dans la partie mo-rale que nos idées se sont étendues. Nous, ne parlons point de cette anatomie subtilequi recherche , s’il est permis de s'exprimerainsi , jusqu'aux fibres les plus déliées deLame : nous parlons de ces idées grandesSc justes, qui embrassent le système despallions, des vices & des vertus, dans leursrapports les plus éloignés. Jamais le coloris,le dessin , les nuancesd'un caractère; jamaisle contraste des senti mens Sc le combat desintérêts n ont eu des juges plus éclairés nìplus rigoureux ; jamais par conséquent on n'aeu beioin de plus de talens & d etude pourréussir , aux yeux de son siecle , dans lafiction morale en beau. Mais-en même rempsque les idées des juges se sont épurées, éten-dues , élevées , le goût Sc les lumières despeintres ont dû s’épurer, s’élever & déten-dre. Homere seroit mal reçu aujourd'hui à'nous peindre un sage comme Nestor; maisaulsi ne le peindroit-íl pas de même. Onvolt l’exemple des progrès de la poésie phi-losophique dans les tragédies de M. de Vol-taire. Les premiers maîtres du théâtre sem-blaient avoir épuisé les combinaisons descaractères, des intérêts & des passions ; laphilolophie lui a ouvert de nouvelles routes.Mahomet, Alzire , Idamé , sont du sieclede 1 ’Esprit des loix ; Sç dans cette partiemême, le génie n'est donc pas fans res-source , ôc la fiction peut encore y trouver,quoi qu'ayec peine , de nouveaux tableaux-,à former.

La nature physique est plus féconde Scmoins épuisée ; Sc sans nous mêler de pres-sentir ce que peuvent se travail Sc se génie ,nous croyons entrevoir des veines profon-des , Sc jusqu’ici peu connues, où ia fiel w.n t