foB FI C
Ce sont les géans qui entassent leS monta-gnes » Polipheme Sc Cacus qui roulent desrochers, Camille qui court íur la pointedes épis, &c. On voir que le génie le plusfoible va renchérir aisément dans cette par- ,tie fur Homere Sc fur Virgile. Dès qu’ona secoué le joug de la vraisemblance > Scqu’on s’est affranchi de la réglé des pro-portions , Y exagéré ne coûte rien. Mais sidans le physique il observe les gradationsde la perspective, si dans le moral il ob- ■serve les gradations des idées, si dans l’un -Sc l’autre il présente les plus belles propor-.rions de la nature idéale ou réelle, qu’il sepropose d’imiter, il riest plus distingué du ' 1parfait que par un mérite de plus, Sc alorsce riest pas la nature exagérée, c’est la na-ture réduite à ses dimensions par le loin-tain. Ainsi les statues coloílales d’Apollon,de Jupiter, de Néron, £v. pouvoient êtredes ouvrages ou merveilleux ou méprisa-bles ; merveilleux, si dans leur point devue ils rendoieot la belle nature ; méprisa- 'blés, s’ils n’avoient pour mérite que leurénorme grandeur.
Mais c’est fur-tout dans le moral & dansíon mélange avec le physique, qu’il est !difficile de passe r les bornes de la naturefans altérer les proportions. On a fait desdieux qui foulevoient les flots, qui enchaí-lioient les vents , qui lançoient la foudre,qui ébranloient l’olympe d’un mouvementde leur sourcil, &c. tout cela étoit facile.Mais il a fallu proportionner des âmes à ces ;corps, & c’est à quoi Homere Sc presque ;tous ceux qui l’ont suivi ont échoué. Nous ;ne connoislous que le Satan de Milton dontl’ame Sc le corps soient faits l’un pour l’au-tre : & comment observer constammentdans ces composés surnaturels la grada-tion des essences? Il est bien aisé à l’homme,d’imaginer des corps plus étendus, plus forts,plus agiles que le sien. La nature lui en four-nit les matériaux Sc les modelés; encore luiest il échappé bien des absurdités, mêmedans le merveilleux physique ; mais com-bien plus dans le moral ; L’homme ne con- ,noît d’ame que la sienne ; il ne peut don-ner que ses facultés, ses fentimens Sc fesidées, fes passions, fes vices & ses vertus aucolosse qu’il anime. Un ancien a dit d’Ho-piete, au rapport de Strabon ; il ejî le seul
f i c
qui ait vu les dieux ou qui les ait fait Vfì’r.Mais, de bonne foi, les a-t-il entendus oufait entendre? Or c’étoit là le grand point;Sc c’est ce défaut de proportion du physiqueau moral dans le merveilleux d’Homere, quia donné tant d’avantage aux philosophes quil’ont attaqué.
On ne cesse de dire que la philosophie estun mauvais juge en fait de fiction ; commesi l’étude de la nature desséchois Í’esprít Screfroidifloit l’ame. Qu’on nc confonde pasl’esprit métaphysique avec l’esprit philoso-phique ; le premier veut voir fes idées toutesnues, le second n’exige de la fiction que deles vêtir décemment, l/un réduit tout à laprécision rigoureuse de l’analyse Sc de l’abs-traction ; l’autre n’aflujettit les arts qu’à leurvérité hypothétique. Il le met à leur place,il donne dans leur sens , il se pénétré deleur objet , Sc réexamine leurs moyensque relativement à leurs vues. S’ils franchis-sent les bornes de la nature , il les franchitavec eux ; ce riest que dans l’extravagantSc i’absurde qu’il refusé de les suivre: il veut,pour parler 1e langage d’un philosophe (l’abbéTerraílòn), que la fiction Sc le merveilleuxsuivent le fil de la nature ; c’est-à-dire, qu’ilsagrandissent ks proportions sens les altérer,qu’ils augmentent les forces sens dérangerle méchanisme, qu’ils élèvent les fentimensSc qu’ils étendent les idées sens en ren-verser Tordre , la progression ni les rapports.L’usege de Teíprit philosophique dans lapoésie Sc d air s les beaux arts, consiste àen bannir les disparates, les contrariétés,les dilíonnances ; à vouloir que les peintres& les poètes ne bâtissent, pas en l’air despalais de marbre avec des voûtes massives,de lourdes colonnes , Sc des nuages pourbases ; à vouloir que le char qui enleveHercule dansl’olympe, ne soir pas fait commepour roukrsurdes rochers ou dans la boue:queles diables, pour tenir leur conseil, ne se cons-truisent pas un pandemonium , qu’ils ne son-dent pas du canon pour tirer fur ks anges,&c. Sc quand toutes ces absurdités aurontété bannies de la poésie Sc de la peinture,le génie Sc l’art riauront rien perdu. En unmot, l’esprit qui condamne ces fictions ex-tra va gantes", est le même qui observe , pé-nétré , développe la nature : cet esprit lu-mineux Sc profond riest que Tesprit philo-