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sçpiúque , le seul capable d’apprécier l'imi-tation , puitqu’ il connoît seul le rnodele.
Mais, nous dira-t-on , s’il n'eft possible àl'homme de faire penser & parler ses dieux iqu’en hommes, que reprocherez-vous aux ;poètes d’avoir voulu faire des dieux, com-me nous allons leur reprocher d'avoir voulufaire des monstres.
il n’eft rien que les peintres Sc les poètesn’aient imaginé pour intéresser par la sur-prise ; la même stérilité qui leur a fait exa-gérer la nature au lieu de l’embellir, la leura fait défigurer en décomposant les efpeces.Mais ils n ont pas été plus heureux à imi-ter ses erreurs qu’à étendre ses limites. Lafiction qui produit le monstrueux , sembleavoir eu la superstition pour principe, lesécarts de la nature pour exemple, Sc l’allé-gorie pour obier. On croyoit aux sphinx,aux sirènes, aux satyres ; on voyoit quela nature elie-même confondoit quelquefoisdans ses productions les formes Sc les fa-cultés des efpeces différentes ; Sc en imitantce mélange , on rendoit sensibles par uneseule image les rapports de plusieurs idées.C’est du moins ainsi que les favans ontexpliqué la fiction des lirenes, de la chi-mère, des centaures, Sc c. Sc de-là le genremonstrueux. Il est à présumer que les pre-miers hommes qui ont dompté les chevaux,ont donné l’idée des centaures ; que leshoinmes sauvages ont donné l'idée des sa-tyres , les plongeurs Vidée des mitons, &c.Considéré comme symbole , ce genre defiction a sa justesse & sir vraisemblance ; maisil a aussi ses diílìculrés, & Virnaginationk y est pas affranchie des réglés des pro-portions Sc de Vensemble , toujours prisesdans la nature.
Il a donc fallu que dans Vassemblagemonstrueux de deux efpeces, chacune d’elleseùt fa beauté , fa régularité spécifique , Scformât de plus avec Vautre un tout que l'i-mag’mation put réaliser tansdéranger les loixdu mouvement Sc les procédés de la na-ture. Il a fallu proportionner les mobiles auxnuises Sc les suppôts aux fardeaux ; que dansle centaure , par exemple , les épaules del’homme fussent en proportion avec la crou-pe du cheval; daps les firmes, le dos dupoisson avec le buste de la femme ; dans le
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sphinx , les ailes Sc les serres de l’aigle avecla tète de la femme Sc avec le corps au lion.
On demande quelles doivent être cesproportions, Sc c’est peut-être le problèmede dessin le plus difficile à résoudre. U estcertain que ces proportions ne font pointarbitraires, & que si dans le centaure duGuide , la partie de l’homme ou celle ducheval étoir plus forte ou plus fossile , 1 oeilni Virnagination ne s’y reposeroit pas aveccette satisfaction pleine Sc tranquille queleur cause un ensemble régulier. Il n’eft pasvrai que la régularité de cet ensemble neconsiste pas dans les grandeurs naturellesde chacune de ses parties. On feroie cho-qué de voir dans le sphinx k tête délicate ,Sc le cou délié d’une femme fur le corps d’unénorme lion, c’est donc au peintre à rap-procher les proportions des deux efpeces,Mais quelle est pour les rapprocher la régléqu’il doit se prescrire ? Celle qu’auroit suiviela nature elle-même, si elle eût formé ce-composé ; & cette supposition demande uneétude profonde Sc réfléchie, un œil juste Scbien exercé à saisir les rapports Sc à ba-lancer les masses.
Mais ce n’tst pas seulement dans le choixdes proportions que le peintre doit se met-tre 4 la place de la nature ; c’est fur-toutdans la liaison des parties , dans leur cor-respondance mutuelle & dans leur actionréciproque ; Sc c’est à quoi les plus grandspeintres eux-mêmes semblent n’avoir jamais,pense. Qu’on examine les muscles du corpsde pégase, de la renommée & des amours,& qu’on y cherche les mobiles des ailes.Qu’on observe la structure du Centaure,on y verra deux poitrines, deux estomacs,deux places pour les intestins ; la natureVauroit-elle ainsi fait ? Le Guide entraîné parl’exemple n’a pas corrigé cette absurde com-position dans Venlévement de Dejanire, lechef-d'œuvre de ce grand maître.
Pour puiser du monstrueux au fantasti-que , le dérèglement de Virnagination, ou ,si Von veut, la débauche du génie n’a euque la barrière des convenances à franchir.Le premier étoit le mélange des efpeces voi-sines ; le second est Vassemblage des genresies plus éloignés & des formes les plus dis-parates, faus progressions, fans proportions tìk sens nuances.