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Autres preuves de cette différence. On com-prendra mieux ces vérités, íî l’on veut se rap-peler les moeurs, le caractère, & le génie desGermains dont sortirent ces peuples, queTacite nomme Gethones , &C qui subjuguèrentl'empire d’Occident. Ils ne s'appliquoientpoint à l’agriculture ; ils vivoient de lait, defromage Sc de chair; personne n’avoit deterres ni de limites qui lui fulscnt propres.Les princes & les magistrats de chaque na-tion donnoient aux particuliers la portion deterrein qu’ils vouloient dans le lieu qu’ils vou-loient, Sc les obligeoient Tannée suivante depalier ailleurs.
Chaque prince avoit une troupe de com-pagnons (comités) qui s’attachoient à lui ôcle íuivoient. Il y avoit entr’eux une émula-tion singulière pour obtenir quelque distinc-tion auprès du prince ; il régnois de mêmeune vive émulation entre les princes fur lenombre & la bravoure de leurs compagnons.Dans le combat , il étoit honteux au princedette inférieur en courage à ses compagnons ;il étoit honteux aux compagnons de ne pointégaie r la valeur du prince, & de lui iurvivre.Ils recevoient de lui le cheval du combat, &le javelot terrible. Les repas peu délicieux,mais grands, étoient une espece de soldepour ces braves gens.
Il n’y avoit point chez eux de fiefs , maisil y avoit des vassaux. II n’y avoit point defiefs, puisque leurs princes n’avoient point deterrein fixe à leur donner ; ou si Ton veut,leurs fie fs étoient des chevaux de bataille,des armes, des repas. Il y avoit des vassaux,parce qu’ii y avoit des hommes fidèles, liéspar leur parole, par leur inclination, par leursíèntimens , pour suivre le prince à la guerre.Quand un d’eux, dit César, déclaroit à Tas-- semblée qu’il avoit formé le projet de quel-que expédition , & demandoit qu’on le sui-vit ; ceux qui approuvoient le chef Sc Ten-treprise, se levoient & ofsroient leurs secours.Il ne faut pas s’étonner que lés descendans deces peuples ayant le même gouvernement,les mêmes mœurs, le même caractère, Scmarchant fur les mêmes traces, aient con-quis l’empire romain. i
Idée du gouvernement féodal établi par lespeuples du Nord en Europe. Mais pour avoirune idée du gouvernement qu’ils établirentdans les divers royaumes de leur domination,
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| ìl est nécessaire de considérer plus particuliè-rement la nature de leurs armées envoyéespour chercher de nouvelles habitations, Scla conduite qu’ils tinrent. La nation entiereétoit divisée , comme les Israélites, en plu-sieurs tribus distinctes & séparées, dont cha-cune avoit ses juges fans aucun supérieurcommun , excepté en temps de guerre, telsqu’étoient les dictateurs parmi les Romains :ainsi les armées ou colonies qu’on faisoicpartir de leurs pays surchargés d’habkans ,n'étoient pas des armées de mercenaires quifissent des conquêtes pour l'avantage de ceuxqui les payoient ; c’étoient des sociétés volon-taires , oudesco partageansdansl’expédiriouqu’on avoit entreprise. Ces sociétés étoientautant d'armées distinctes, tirées de chaquetribu , chacune conduite par ses propreschefs, fous un supérieur ou général choisipar le commun consentement, Sc qui étoitaussi le chef ou capitaine de sa tribu : c’étoiten un mot une armée de confédérés. Ainsila nature de leur société exigeoit que la pro-priété du pays conquis fût acquise à tout lecorps des associés, Sc que chacun eût uneportion dans le tout qu’il avoit aidé à con-quérir.
Pour fixer cette portion, le pays conquisétoit divisé en autant de districts que l’arméecontenois de tribus ; on lçs appella provin-ces , comtés ( en anglois shire , qui vient dumot saxon fiyre , c'est-à-dire diviser, parta-ger ). Après cette division générale , les ter-res étoient encore partagées entre les chefsdes tribus. Comme il étoit nécessaire à leurétablissement 1 , dans un pays nouvellementconquis, de continuer leur général dans sonautorité > on doit le considérer sous deuxdivers égards ; comme seigneur d’un districtparticulier, divisé parmi ses propres volontai-res ; ou comme soigneur ou chef de la grandeseigneurie du royaume. A chaque district oucomté présidoit le comte ( en anglois ealdor-man ), qui avec une assemblée de vassauxtenanciers (landholders) régloit toutes lesaffaires du comté ; Sc fur toute la seigneuriedu royaume , présidoit le général ou roi, le-quel avec une assemblée générale des vassauxde la couronne, régloit les affaires qui regar-doient tout le corps de la république ou com-munauté.
Ainsi quand les Gaules furent envahies par
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