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& les diables noirs ; & par-toutoù les hommes 'font noirs, les dieux font noirs Lc les diablesblancs.
Quel affreux spectacle , me dites-vous !j’en conviens ; mais je remarque par-toutdans les yeux des amans , le même feu 5c lamême langueur. On jure au nez court 5c auxvastes oreilles d'une belle, la même ardeur5c la même constance que vous jurez à lapetite bouche Sc'aux grands yeux de celle quivous charme.
N'allez pas m’opposer que ce sont desbaibares ; les A statiques , ôc parmi eux lesChinois , ne le font point du tout. Les Grecs& les Romains dont le bon goût est reconnu,5c à qui nous devons nos meilleures idées furle beau , n'étoient pas plus d’accord entreeux & avec vous. Les premiers aimoient degrands Sc de gros yeux , Lc les autres depetits fronts Lc des sourcils croisés. Des beau-tés grecques Lc romaines ne feroient assuré-ment pas une beauté françoife, italienne ouangloife, &c.
Tous les cœurs , dites-vous , volent au-devant de celle que j’aime. Tous les amansparlent ainsi ; Lc je fais mille autres femmesde qui l’on en dit autant , qui n’ont point lèmoindre trait de ressemblance avec l’objetque vous préférez. Bien plus, interrogeonsses prétendus adorateurs. L’un est épris de fabouche , l’autre est enchanté de fa taille ;celui-ci adore ses yeux, celui-là ne volt riende comparable à son teint ; il y en a quiaiment en elle des qualités qu’elle n’a pas.Aucun n’a été blessé du même trait, Ôc tousbétonnent qu’on puisse savoir été d’un autre.
Vous-même, avez-vous eu toujours lesmêmes goûts ? Opposez vos amours d’untemps à vos amours d’un autre ; & par lacontradiction qui en résulte , jugez de vosidées.
Je ne fuis donc pas plus éclairé , malgrévos promesses , que jenel’étois auparavant.La revue que nous avons faite des différenspeuples de la terre , bien loin de nous fixerdans nos recherches, n’a servi qu’à y jeterplus de difficulté. Il n en est pas ainsi dubeau en général ; car quand la définitionque j’en donnerois ne vous satisferoit pas, jene ferois pas du moins en peine de vousmontrer des modelés qui enleveroient tousles suffrages, Tous les peuples de la terre
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adrriíreroient la façade du Louvre, les jar-dins de Versailles Lc de Marli , l’égiise deS. Pierre à Rome , en un mot les merveillesde ce genre qui font répandues dans lemonde. Les chefs-d’œuvre des Raphaëls*des Michel-Anges, des Titiens, des Ru-bens, des le Bruns, des Pugets, des Char-dons , frapperont quiconque aura des yeux,L’Iliade , î’Enéïde, Rodogune , Athalie ,&c. feront toujours Lc par-tout les délices desamateurs des belles - lettres. Enfin ce quiíera réellement beau chez l’un fera beauchez l’autre ; l’on en rendra raison , l'on eudonnera même des réglés. Voyc{ Beau. Iln’en íera pas de même de la beauté. Trans-portez une Françoise à k Chine Lc une Chi-noise à Paris, elles exciteront beaucoup decuriosité, si vous voulez, mais pas à beaucoupprès autant de sentimens ; Lc ces deux peu-plessi opposés dans leur goût, ne se céderontrien l’un à l’autre.
Si l’Androgyne de Platon étoit aussi vraiqu’il est ingénieusement trouvé (voye^_ An-drogyne) , rien ne scroit si facile que lasolution de ce problème. Essayons de le dé-nouer d’une autre façon.
L’intérêt, les passions , les préjugés , lesusages, les mœurs, le climat, l’âge, le tempé-ment, agissent diversement sur chaque in-dividu , Lc doivent produire par conséquentune variété infinie de sensations.
Notre imagination qui nous sert si biendans toutes les occasions, se surpasse danscelles de ce genre : elle ne nous laisse voirque par ses yeux ; Lc cette enchantereíle nousdéguise si bien ses caprices, qu’elle nous lesfait adorer.
Si l’on me demandoit donc à présent caque c’est que la beauté , je dirois que demême que chaque peuple s’est fiit desmœurs, des usages Lc des goûts différens ;Lc que de même que chaque particulier ytient plus ou moins au caractère général, demême aussi ils se sont sait des idées diffé-rentes de beauté ; Lc que celles-là peuventêtre appellées belles , qui réunifient dans leurspersonnes les qualités que leur nation exige ;mais que d’ailleurs cette réglé , toute res-treinte qu’elle est , est encore sujette à desexceptions fans nombre. Combien d’amansqui soupirent pour des appas aussi imaginairesque les sujets de la jalousie qu’ils leur causent?