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Tome quatorzième.
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Les théologiens ne décident pas expres-sément que cette ignorance invincible aitlieu quelquefois , 6c ils n’expliquent pasbien nettement si elle est absolument &métaphysiquement invincible : mais si l'onentendent par l’igncrance invincible de lafoi, du baptême , &c. l’état d’un hommequi est dans une impossibilité absolue , quin'a aucun moyen ni prochain ni éloignéd’arriver à la foi , d’avoir le baptême , ensoutenant que la foi , le baptême , &c.sont nécessaires pour un tel homme , ondiroit une grande absurdité ; car on di-roit que Dieu ordonne comme absolumentnécessaires , des choses absolument im-possibles.

La nécessité de la foi pour le salut, estun dogme capital dans la doctrine chré-tienne : les théologiens qui ont voulu ymettre quelques adoucilTemens, &: user dequelques explications , sc sont toujoursécartés des principes reçus , & sont en fortpetit nombre : ainsi la foi est nécessaired'une nécessité de moyen : de sorte quesans la foi , on n'arrive jamais au salut.

Cette proposition, la foi est nécessaire ausalut , est synonyme de celle-ci, hors Véglisepoint de salut, parçe qu’on n’est dans l'égliseque par la foi ; 6c sitôt qu on a la foi ,on est dans l’églisc.

Le sens de cette proposition, la foi estnécessaire au salut, est qu’il y a des véritésparticulières dont la foi explicite est né-cessaire pour être sauvé : autrement cetteproposition scroit vague & ne íignifieroitrien.

Un dogme quelconque est cru d’une foiexplicite , lorsqu’il est directement l’objetdé la persuasion que renferme la foi , lors-que la proposition qui l’exprime est pré-sente à l’efprit de celui qui croît ; & cemême dogme sera cru d’une foi implicite ,si l’on croit généralement ou à l'autorité deDieu qui le révélé , ou à celle de l’églisequi le professe , sans avoir d’idée distinctede ce que Dieu rcvele. Les simples quicroyent tout ce que 1 église croit, ont unefoi implicite de beaucoup de dogmes que.lespersonnes plus instruites croyent explici-tement.

Tous les dogmes que l’églisc présentegux fidèles., comme révélés , sont l’objet

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d’une persuasion que Dieu exige d’tuxlorfqu’ils connoilsent & le dogme 6c sidéfinition de l’église : & en ce sens, la foide tous les dogmes, même de ceux quiparaissent essentiels, est nécessaire au salut :mais comme on peut fans danger ignoreren beaucoup de points 6c ces dogmes 6c ladéfinition , & qu’il suffit de croire en gé-néral ce que l’églisc enseigne , on peutdire qu’il n’y a qu’un certain nombre devérités , dont la foi est nécessaire au salut.

1 On demande quels sont les dogmes dontla foi explicite est nécessaire au salut. Lesthéologiens demeurent communément d’ac-cord, qu’outre l’existence & les attributs deDieu , il est nécessaire de croire en Dieucomme sauteur de la grâce ; en J. C. com-me médiateur entre Dieu & les hommes,ôc Dieu lui-même ; au mystère de l'incar-nation 6c à celui de la trinité des personnes.

Cependant leur doctrine n’est pas sur celaabsolument constante 6c uniforme ; 1 églisemême n’a pas décidé cette grande question.Cela est clair par la liberté qu’on s’est donnéed’augmenter ou de restreindre le nombredes articles qu’il fuit croire de foi explicite,sous peiné de damnation. Suarès , Soto ,Vega, Maldonat, Hugues de saint-Victor,Alexandre de Halès , Albert - le-Grand ,Scot, Gabriel Biel, &c. ont regardé la foiimplicite en Jesus-Christ comme suffisantepour le salut.

C’est sur le même principe que Payvad’Andrada, quest. orthodox. Robert Hol-cots; Erasme, praefat. in tufcul. Collius,de animabus Paganorum , ont érigé en foisuffisante pour le salut la bonne foi 6c lesvertus des payens.

Juenin remarque que l’opinion de Suarèsn’a pas été condamnée expressément, maisqu’il ne faut pas la suivre dans la pratique:je ne fais pas ce qu’il entend par la prati-que de cette opinion ; mais il est clair queSuarès est en opposition avec la plupart desperes , avec la doctrine la plus reçue dansl’église.

Quant à l’opinion des autres théologiensque nous avons cités, on sent bien quec’est abuser des termes , que de dire queces honnêtes payens avoient une foi im-plicite , puisque leurs opinions, quoique1 conformes à la doctrine chrétienne fur l’u-