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Tome quatorzième.
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Sc l'autre un concours de marchmds Scd'acheteurs, dans des lieux Sc des tempsmarqués ; mais dans les marchés, c estl'intérêt réciproque que les vendeurs & lesacheteurs ont de se chercher ; dans les foi-res , c'est le désir de jouir de certains privi-lèges qui forme ce concours : d'où il fuitqu'il doit être bien plus nombreux & bienplus solennel dans les foires. Quoique lecours naturel du commerce suffise pourétablir des marchés , il est arrivé , par unefuite de ce malheureux principe , qui danspresque tous les gouvernemens a si long-tems infecté 1 administration du commer-ce , je veux dire la manie de tout condui-re , de tout regler , & de ne jamais s'enrapporter aux hommes fur leur propre in-térêt ; il est arrivé , dis-je , que pour éta-blir des marchés , on a fait intervenir lapolice ; qu’on en a borné le nombre, fous

Í irétexte d'empêcher qu'iss ne le nuisentes uns aux autres ; qirion a défendu devendre certaines marchandises ailleurs quedans certains lieux désignés , soit pour lacommodité des commis chargés de recevoirles droits dont elles font chargées , fóitparce qu’on a voulu les assujettir à desformalités de visite & démarque, &c qu’onne peut pas mettre par-tout des bureaux.On ne peut trop saisir toutes les occasionsde combattre ce système fatal à l'industrie, ils’en trouvera plus d'unedans ^Encyclopédie.

Les foires les plus célébrés font en Francecelles de Lyon, de Bordeaux , de Guibray,de Beaucaire , ùc. En Allemagne , celles deLeipsic , de Francfort, &c. Mon objetn’estpoint ici d’en faire l'énumération , ni d’ex-pofer en détail les privilèges accordés pardifférens souverains , soit aux foires engénéral, soit à quelques foires en particu-lier ; je me borne à quelques réflexionscontre ^illusion assez commune , qui faitciter à quelques personnes la grandeur Scl'étendue du commerce de certaines foires ,comme une preuve de la grandeur du com-merce d’un état.

Sans doute une foire doit enrichir le lieusù elle fe tient, Sc faire la grahdëur d'uneville particulière : Sc lorsque toute l’Europe!gémissoit dans les entraves multipliées dugouvernement féodal ; lorsque chaque vil-lage, pour ainsi dire, íormoit une fouve-

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raineté indépendante ; lorsque les feignenrcrenfermés dans leur château , ne voyoientdans le commerce qu une occasion d'aug-menter leurs revenus, en soumettant à descontributions Sc à des péages exorbitans,tous ceux que la nécessité forçoit de pas-ser fur leurs terres ; il n'est pas douteuxque ceux qui les premiers furent assezéclairés pour sentir qu en fe relâchant unpeu de la rigueur de leurs droits, ils fe-roient plus que dédommagés par l’augmen-tation du commerce & des consomma-tions , virent bien-tot les lieux de leur ré-sidence enrichis, aggrandis , embellis. Iln'est pas douteux que lorsque les rois &les empereurs eurent astez augmenté leurautorité, pour soustraire aux taxes levéespar leurs vassaux les marchandises desti-nées pour les foires de certaines villes qu'ils• vouloient favoriser, ccs villes devinrentnécessairement le centre d'un très-grandcommerce, Sc virent accroître leur puis-sance avec leurs richesses: mais depuis quetoutes ces petites souverainetés fe font réu-nies pour ne former qu'un grand état fousun seul prince , si la négligence , la forcede l'habitude, la difficulté de reformer lesabus lors même qu'on le veut, Sc la dif-ficulté de le vouloir ,■ ont engagé à laiíîersubsister & les mêmes gênes & les mêmesdroits locaux , & les mêmes privilèges quiavoient été établis lorsque chaque province& chaque ville obéilsbient à différens souve-rains , n'est-il pas singulier que cet effetdu hasard ait été non-seulement loué ,mais imité comme l'ouvrage d’une sagepolitique ? n'est-il pas singulier qu’avec detrès-bonnes intentions, & dans la vue de ren-dre le commerce florissant , on ait encoreétabli de nouvelles f oires , qu'on ait aug-menté encore les privilèges & les exem-ptions de certaines villes , qu'on ait mêmeempêché certaines branches de commercede s'établir dans des provinces pauvres,dans la crainte de nuire à quelques autresvilles , enrichies depuis longtems par cesmêmes branches de commerce ? Eh qu’im-porte que ce soit Pierre ou Jacques, leMaine ou la Bretagne , qui fabriquent telleou telle marchandise , pourvu que l'états'enrichiísè, &‘que des François vivent?qu'importe qu'une étoffe fòit v-ndue à

Beaucaire