Band 
Tome quatorzième.
Seite
823
JPEG-Download
 

F O ï

cent familles, il est: évident que trois vil-lages dans chacun defquels il n’y aura quecent familles, ne pourront soutenir qu unseul marchand de cette denrée; ce mar-chand se trouvera probablement dans celuides trois villages, où le plus grand nombredes acheteurs pourra te raslèmbler pluscommodément , ou à moins de fraix ;parce que cette diminution de fraix fera.préférer le marchand établi dans ce village,à ceux qui seroient tentés de s'établir dansl’un des deux autres : mais plusieurs especcsde denrées seront vraisemblablement dansle même cas, & les marchands de cha-cune de ces denrées se réuniront dans lemême lieu , par la même raison de la di-minution des fraix, & par ce qu’un hom-me qui a besoin de deux especes de den-rées , aime mieux ne faire qu'un voyagepour se les procurer, que d'en faire deux ;c'est réellement comme s'il payoit chaquemarchandise moins cher. Le lieu devenuplus considérable par cette réunion mêmedes différeras commerces, le devient deplus en plus ; parce que tous les artisansque le genre de leur travail ne retient pasa la campagne, rous les hommes à quileur richesse permet d'être oisifs , s'y ras-semblent pour y chercher les commoditésde la vie. La concurrence des acheteursattire les marchands par l'espérance de ven-dre ; il s'en établit plusieurs pour la mêmedenrée. La concurrence des marchands at-tire les acheteurs par l'espérance du bonmarché ; 8c toutes deux continuent à s'aug-menter mutuellement, juíqu'à ce que ledésavantage de la distance compense pourles acheteurs éloignés le bon marché dela denrée produit par la concurrence , Scmême ce que l’usage & la force de l'ha-bitude ajoutent à battrait du bon marché.Ainsi se forment naturellement différenscentres de commerce ou marchés, aux-quels répondent autant de cantons ou d'ar-rondislemens plus ou moins étendus, sui-vant la nature des denrées , la facilité plusou moins grande des communications, Scd état de la population plus ou moins nom-breuse. Et telle est , pour le dire en pas-sant , la premiere Sc la plus communeOrigine des bourgades & des villes.

La même raison de commodité qui dé-

F O I 825

termine le concours des marchands Sc desacheteurs à certains lieux , le détermineaussi à certains jours , lorsque les denréesfont trop viles pour soutenir de longstransports , Sc que le canton n'est pas alé-sez peuplé pour fournir à un concourssuffisant & journalier. Ces jours se fixentpar une espcce de convention tacite , Scla moindre circonstance suffit pour cela.Le nombre des journées de chemin entreles lieux les plus considérables des environs,combiné avec certaines époques qui déter-minent le départ des voyageurs. telles quele voisinage de certaines fêtes, certaineséchéances d'usage dans les payemens , tou-tes sortes de solennités périodiques , enfintout ce qui rassemble à certains jours uncertain nombre d’hommes , devient leprincipe de l'établistement d'un marché àces mêmes jours ; parce que les marchandsont toujours intérêt de chercher les ache-teurs , & réciproquement.

Mais il ne faut qu'une distance a fiez mé-diocre pour que cet intérêt Sc le bon mar-ché produit par la concurrence , soientcontrebalancés par les fraix de voyage Scdç transport des denrées. Ce n'est doncpoint au cours naturel d'un commerceanimé par la liberté , qu'il fiut attribuerces grandes foires, où les productions d'unepartie de l'Europe se rassemblent à grandsfraix , Sc qui semblent être le rendez-vousdes nations. L'intérêt qui doit compenserces fraix exorbitans, ne vient point de lanature des choses ; mais il résulte des pri-vilèges Sc des franchises accordées au com-merce en certains lieux & en certainstemps , tandis qu'il est accablé par-toutailleurs de taxes & de droits. Il n'est pasétonnant que letat de gêne & de vexationhabituelle dans lequel le commerce s’esttrouvé longtems dans toute l'Europe ,en ait déterminé le cours avec violencedans les lieux où on lui offroit un peuplus de liberté. C'est ainsi que les princesen accordant des exemptions de droits ,ont établi tant d e foires dans les diíFen li-tes parties de l'Europe ; & il est évidentque ces foires doivent être d'autant plusconsidérables , que le commerce dans lestemps ordinaires est plus surchargé de droits.

Une foire Sc qtj marché font donc l'ua