34 FOR
Peut-être se sont-ils cru fondés à ne pasréunir la dérivation & Ja composition avecla déclinaison & la conjugaison , sous lepoint de vue général de formations carc’est à la grammaire, peut-on dire, Rap-prendre les inflexions destinées par l’u-sage à marquer les diverses relations desmots à l’ordre de renonciation , afin qu’onne tombe pas dans le défaut d’employerl’une pour l’autre: au lieu que la dériva-tion & la composition ayant pour objet lagénération même des mots, plutôt que leursformes grammaticales , il semble que lagrammaire ait droit de supposer les motstout faits, & de n’en montrer que rem-ploi dans le discours.
Ce raisonnement qui peut avoir quelquechose de spécieux , n est au fond qu’un pursophisme. La grammaire n’est, pour ainsidire, que le code des décisions de l’usagesur tout ce qui appartient à l’art de la pa-role : par tout où l’on trouve une certaineuniformité usuelle dans les procédés d’unelangue , la grammaire doit la faire remar-quer, & en faire un principe, une loi. Or onverra bientôt que la dérivation & la com-position font assujetties à cette uniformitéde procédés, que l’ufage seul peut intro-duire & autoriser. La grammaire doit doncen traiter, comme de la déclinaison & dela conjugaison ; & nous ajoutons qu’elîedoit en traiter fous le même titre , parceque les unes comme les autres envisagentîes diverses formes qu’un même mot peutprendre pour exprimer , comme on l’adéjà dit, les idées accessoires, ajoutées &subordonnées à l’idée fondamentale , ren-fermée essentiellement dans la significationde ce mot.
Pour bien entendre la doctrine des for-mations , il faut remarquer que les motsfont essentiellement les signes des idées ,& qu’ils prennent différentes dénomina-tions , selon la différence des points de vuefous lesquels on envisage leur génération &les idées qu’ils expriment. C’est de là queles mots font primitifs ou dérivés , jim-ples ou composés.
Un mot est primitif relativement auxautres mots qui en font formés, pour ex-primer avec la même idée originelle quel-que idée accessoire qui la modifie ; & ceux-
F O R
ci font les dérivés , dont le primitif esten quelque forte le germe.
Un mot est fimple relativement auxautres mots qui en font formés, pour ex-primer avec la même idée quelqu’autre idéeparticulière qu’on lui associe ; & ceux-cisont les composés, dont le simple est enquelque forte l’élément.
On donne en général le nom de racine „ou de mot radical , à tout mot dont unautre est formé, soit par dérivation , soitpar composition ; avec cette différencenéanmoins, qu’on peut appeller racinesgénératrices les mots primitifs à l’égarddeleurs dérivés ; & racines élémentaires, les.mots simples à l’égard de leurs composés..
Eclaircissons ces définitions par des exem-ples tirés de notre langue. Voici deux ordres,de mots dérivés d’une même racine géné-ratrice, d’unmême mot primitif destiné en,général à exprimer ce sentiment de l’amequi lie îes hommes par la bienveillance. Les.dérivés du premier ordre font, amant ,amour } amoureux > amoureusement > quiajoutent à l’idée primitive du sentiment debienveillance, l’idée accessoire de l’inclina-tion d’un sexe pour l’autre : & cette incli-nation étant purement animale , rend cesentiment aveugle , impétueux, immodé-ré , Ùc. Les dérivés du second ordre sont,ami y amitié, amical, amicalement, quiajoutent à l’idée primitive du sentiment debienveillance, l’idée accessoire d’un justefondement, sans distinction de sexe ; & cefondement étant raisonnable, rend ce sen-timent éclairé , sage, modéré , &c. Ainsice sont deux passions toutes différentes quifont l’objet fondamental de la significationcommune des mots de chacun de ces deux,ordres : mais ces deux passions portent f une& l’autre fur un sentiment de bienveillance,,comme sur une tige commune. Si nous les,mettons maintenant en parallèle , nous ver-rons de nouvelles idées accessoires & ana-logues , modifier Tune ou l’autre de cesdeux idées fondamentales : les mots amant& ami expriment les sujets en qui se trouvel’une ousautre deces deux passions. Amour& amitié expriment ces passions même ,d’une maniéré abstraite, & comme desêtres réels ; les mots amoureux & amical ,fervent à qualifier le sujet qui est affecté gar