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donc la seule preuve que nous ayons &que nous puissions avoir d’être libres.
Cette preuve nous suffit, & parott biensupérieure à toute autre ; car de dire avecquelques philosophes, que les loix fontsondées fur la liberté, qu'il seroit injustede punirles crimes s’ils étoient nécessaires,c’eft établir une vérité bien claire par unepreuve bien foible. Les hommes íussent-ils de pures machines, il suffiroit que lacrainte fût un des mobiles principaux deces machines, pour que cette crainte fûtun moyen efficace d’empêcher un grandnombre de crimes. II ne seroit alors nijuste ni injuste de les punir, parce quefans liberté il n’y a ni justice ni injustice ;mais il seroit toujours nécessaire d’arrèterla méchanceté des hommes par des châ-timens, comme on oppose à un torrentfuneste des digues puissantes qui le forcentà changer son cours. L’effet nécessaire dela crainte est d’arrêter la main de fauto-mate réel ou supposé ; supprimer ou arrêterce resïort, ce seroit en empêcher l'effet ;les supplices seroient donc dans une sociétémême d’automates ( qui n’existe pas) uneroue nécessaire pour régler la machine.
La notion du bien & du mal est doncune fuite de la notion de la liberté, &non pas la notion de la liberté une fuitede la notion du bien & du mal moral.
A l’égard de la maniéré dont notre libertésubsiste avec la providence éternelle , avecla justice par laquelle Dieu punit le crime ,avec les loix immuables auxquelles tous lesêtres font soumis, c’est un secret incom-préhensible pour nous, dont il n’a pas plûau Créateur de nous révéler la connois-sance ; mais ce qui n’est peut-être pasmoins incompréhensible , c’est la téméritéavec laquelle certains hommes qui se croientou qui se disent sages, ont entrepris d’ex-pliquer & de concilier de tels mystères. Envain la révélation nous assure que cet abymeest impénétrable (a) ; la philosophie orgueil-leuse a entrepris de le sonder, & n’a faitque s’y perdre. Les uns croient avoir réussipar une distinction entre l’infaillible & le
(a) 0 altitude! ! &c. Qutmi incomprebenjìbiliasuntjudicia ejut, & qua.n inenarrabiles vue ejus ! Cesparoles prouvent assez opte, suivant l’Ecritureme me, l’ácconl de la liberté avec la science & lapuissance de Dieu, est nu mystère.
Tome XíT.
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nécestaire ; distinction qui, pour être réelle,ne nous laissera pas des idées plus nettes,dès que nous voudrons {'approfondir debonne foi : les autres, pour expliquer com-ment Dieu est fauteur de tout fans f êtredu péché , disent que Dieu en produit toutle physique sans en produire le moral, quiest une privation ; comme si en leur accor-dant même cette distinction futile & chi-mérique , il ne restoit pas toujours à expli-quer comment la sagestè de Dieu peutconcourir à un physique auqtiel le moral estnécessairement attaché , & comment sajustice punit ensuite ce même moral, suitenécessaire du physique qu’il a produit :ceux-ci, en faisant agir l’homme d’unemaniéré très-subordonnée à Dieu, & dé-pendante de décrets prédéterminans, sau-vent réellement la puiílànce de Dieu auxdépens de notre liberté : ceux-là au con-traire, plus amis de f homme en apparence,croient sauver la perfection & {'intelligencedivine, en admettant en Dieu une scienceindépendante de ses décrets, & antérieureà nos actions. Ils ne s’apperçoivent pas non-seulement qu’ils détruisent par ce systèmela providence & la toute-puiíîance de Dieu,en faisant la volonté de l’homme inde'pen-dante , mais qu’ils retombent fans y penser,ou dans le système de la fatalité , ou dans{'athéisme ; car la science de Dieu ne peutêtre fondée que sur la connoistance qu’ila des loix immuables par lesquelles l’uni-vers est gouverné , & de l’esset infailliblede ces loix ; & Dieu ne peut devoir cetteconnoistance qu’à la dépendance où ces loix& leurs effets font de lui. C’est ainsi qu’envoulant concilier, malgré {'oracle de Dieumême , les deux vérités dont il s’agit, onne fait qu’anéantir l’une des deux, ou peut-être affoiblir l’une & l’autre : aussi n’y a-t-ilaucune secte de scholastiques , qui aprèss’être épuisée en raisonnemens, en distinc-tions , en subtilités & en systèmes fur cetimportant article , ne revienne enfin ,pressée par les objections, à la profondeurdes décrets éternels. Tous ces sophistes, enavouant leur ignorance un peu plus tôt ,n’auroient pas eu la peine de faire tant dedétours pour revenir au point d’où ilsétoient partis. Le vrai philosophe n’est nithomiste , ni moliniste , ni corigruiste ; il