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reeonnoît & voit par-tout la puissance sou-veraine de Dieu ; il avoue que Phomme estlibre, & se taît sur ce qu’il ne peut com-prendre. (O)
FORTUNE, s. f. ( Morale. ) Ce mota différentes acceptions en notre langue : ilsignifie ou la suite des e've'nemens qui ren-dent les hommes heureux ou malheureux ,& c’est l’acception la plus. générale ; ou unétat d’opulence , & c’est en ce sens qu’ondit faire fortune , avoir de la fortune.Enfin lorsque ce mot est joint au mot bon ,il désigne les faveurs du sexe ; aller en bonne-for tune , avoir des bonne s-fortunes ( &non pas, pour le dire en passant, de bonnes-fortunes , parce que bonne-fortune est traitéici comme un seul mot). L’objet de cettederniere acception est trop peu sérieux pourobtenir place dans un ouvrage tel que lenôtre. Ce qui regarde le mot fortune prisdans le premier sens, a été íúffiíàmmentapprofondi au/rcor FATALITÉ; nous nousbornerons donc à dire ici quelque chosesur le mot fortune , pris dans la secondeacception.
II y a des moyens vils de faire for-tune , c’est-à-dire, d’acquérir des ri-chesses ; il y en a de criminels, il y en ad’honnêtes.
Les moyens vils consistent en généraldans le talent méprisable de faire bastò-ment sa cour. Ce talent se réduit, commele disoit autrefois un prince de beaucoupd’esprit, à savoir être auprès des grandsfans humeur & fans honneur. 11 faut ce-pendant observer que les moyens vils deparvenir à P opulence , cesiènt en quelquemaniéré de l’être lorsqu’on ne les emploie >qu’à se procurer Pétroit nécessaire. Toutest permis , excepté le crime , pour sortird’un état de mifere profonde ; de là vientqu’il est souvent plus facile de s’enrichir ,en partant de l’indigence absolue, qu’enpartant d’une fortune étroite & bornée.La nécessité de fe délivrer de l’indigence ,rendant presque tous les moyens excu-sables , familiarise insensiblement avecces moyens ; il en coûte moins ensuitepour les -faire servir à l’augmentation desa fortune.
Les moyens de s’enrichir peuvent êtrecriminels ea morale, quoique permis par
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les Ioix ; il est contre le droit naturel &contre l’humanité que des millions d’hom-mes soient privés du nécessaire commeils le font dans certains pays , pour nourrirle luxe scandaleux d’un petit nombre decitoyens oisifs. Une injustice si criante &si cruelle ne peut être autorisée par lemotif de fournir des ressources à l’étatdans des tems difficiles. Multiplier lesmalheureux pour augmenter les ressources,c’est fe couper un bras pour donner plusde nourriture à P autre. Cette inégalitémonstrueuse entre la fortune des hommes,qui fait que les uns périssent d’indigence »tandis que les autres regorgent de superflu,étoit un des principaux argumens des épi-curiens contre la Providence, & devoir pa-raître fans répliqué à des philosophes privésdes lumières de P évangile. Les hommesengraisses de la substance publique, n’ontqu’un moyen de réconcilier leur opulenceavec la morale, c’est de rendre abondam-ment à l’indigence ce qu’ilslui ont enlevé,supposé même que la morale soit parfaite-ment à couvert, quand on donne aux unsce dont on a privé les autres. Mais pourP ordinaire , ceux qui ont causé la miferedu peuple , croient s’acquitter en la plai-gnant , ou msme se dispensent de laplaindre.
Les moyens honnêtes de faire fortune ,font ceux qui viennent du talent & de Pin-dustrie ; à la tête de ces moyens, on doitplacer le commerce. Quelle différencepour le sage entre la fortune d’un cour-tisan faite à force de bassesses & d’in-trigues, & celle d’un négociant qui ne doitson opulence qu’à lui-même, & qui parcette opulence procure le bien de l’état!C’est une étrange barbarie dans nos mœurs,& en même tems une contradiction bienridicule , que le commerce , c’est-à-dire,la maniéré la plus noble de s’enrichir >soit regardé par les nobles avec mépris,& qu’il serve néanmoins à acheter la no-blesse. Mais ce qui met le comble à lacontradiction & à la barbarie , est qu’onpuiste fe procurer la noblesse avec desrichesses acquises par toutes sortes de voies.Voyei Noblesse.
Un moyen lûr de faire fortune , c’estd’être continuellement occupé de cet objet,