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Toutes ces observations réunies étoientplus que suffisantes pour persuader le doc-teur Franklin que c’étoit la même matièrequi opéroit les phénomènes de l’électricité& ceux que la foudre nous présente. Etcomme il avoir déjà découvert le pouvoirdes pointes pour attirer & poustèr le feuélectrique , il ne tarda pas à en faire l’ap-plication à ce cas-ci ; car, disoit-il, íì c’estla matière électrique qui cause cette especed’orage , c’est parce que quelques nuages enont plus que d’autres, ou plus que la terre,ou bien parce qu’ils font électrìsésenplus ;ainsi, si l'on parvient à élever une pointeassez haut pour que son action s’étende jus-qu’aux nuages orageux, elle attirera im-manquablement le feu électrique de cesr uages, tout comme elle fait quand on rap-proche d’un corps électrisé avec un globe deverre. Comme il n’avoit pas alors le temsou la commodité d’exécuter lui-méme cetteexpérience, parce qu’il n’y avoit pas à Phi-ladelphie , de tour ou de clocher élevé, &qu’il ne croyoit pas qu’une barre de ferpointue placée fur le faîte de la maison , futestez haute pour produire quelque effet,quoiqu’on ait cependant trouvé dans la fuiteque cela suffisoit ; il se contenta d’indiquercette expérience dans ses Lettres , afin queceux qui étoientdans le voisinage de quel-ques hautes tours, ou d’autres lieux élevés.,l’exécutastènt. C’est ce qui arriva effecti-vement ; car quoique les physiciens Fran-çois , qui ont été les premiers à faire cetteexpérience , n’aient pas d’abord placé leursbarres de fer fur des tours , ils les élevè-rent de terre le plus haut qu’ils purent, &ilsréussirent cependant très-bien. Mais à peuprès dans le tems que ces messieurs étoientoccupés à faire leiír expérience, & avantque la nouvelle de leur succès parvînt enAmérique, notre ingénieux physicien avoittrouvé le moyen d’élever une pointe très-haut, & de se passer de tours. II imaginapour cet effet de mettre fur un cerf-voîantun sil-d’archal, dont la pointe regardoit leciel ; il y attacha une longue corde de chan-vre ; & au premier orage qui survint, il seservit de cette machine qu’il avoit ainsi pré-parée. Dèsqu’elleíutunpeu élevée, & sur-tout après que la corde eut été mouillée parla pluie qui vint dans le même tems, il tira
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beaucoup d’étincelles d’unedef qu’il avoitattachée au bout de la corde ; & il réalisaainsi l’idée hardie qu’il avoit conçue detirer le feu du ciel. II fit plus, à cette clef ilchargea des bouteilles, il alluma des esprits,& il sit plusieurs autres expériences électri-ques , que l’on fait communément avec unglobe ou un tube frotté. II démontra doncainsi, de la maniéré la plus complété, l’i-dentité de la matière électrique & de cellequi occasionne la foudre , Péclair & le ton-nerre.
Mais si l’origine de ce météore est dueà la matière électrique , & si elle n’agit ja-mais que lorsqu’elle n’est plus en équilibre,ou lorsque quelques corps en ont plus qued’autres , comment arrive-t-il ici que cetéquilibre soit dérangé ? de quel agent la na-ture se sert-elle pour cela ? Ceci est encoreun problème qui reste à résoudre aux phy-siciens ; peut-être y parviendra-t-on avecle tems, lorsqu’on aura acquis des con-noissances plus parfaites des différonsmoyens d’exciter l’électricité dans les corps,& en suivant la route que le docteur F ranklina tenue, qui est de comparer toujours nosexpériences avec les phénomènes qu’on re-marque dans la nature. En attendant, nousrapporterons les hypothèses que nos phy-siciens ont imaginées pour expliquer la for-mation de ce météore ; car quand même cene seroient que des conjectures , & que denouvelles découvertes montreroient qu’el-les nelont pas tout-à-fait justes, elles peu-vent , en attendant, être utiles pour exciterles curieux à faire de nouvelles expériences,& donner lieu à desrecherchesplus exactes.
M. Franklin a eu différentes opinions furla formation du tonnerre. II a d’abord cruque la mer en pouvoir être la source ; parcequ’il imaginoit que la lumière électriquequ’on y apperçoit, venoit du frottementdes particules d’eau contre celles de fol,qui est un corps originairement élec-trique. Mais ayant fait dans la fuite desexpériences avec l’eau de la mer, il re-connut qu’elle n’avoit pas la propriété qu’illui attribuoit ; car après en avoir mis dansune bouteille, elle parut d’abord lumineuseen l’agitant ; mais elle perdit bientôt aprèscette vertu , ce qui lui sit abandonner cettehypothèse.