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Tome XV.
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tons que cette troupe deviendrait bien-tôt la meilleure de l’Eurape ; plusieurspersonnes pleines de goût & de dispo-sition pour le théâtre, & qui craignentde se déshonorer parmi nous en s’y li-vrant , accourraient â Geneve , pour cul-tiver non-seulement sans honte, maisméme avec estime, un talent si agréa-ble & si peu commun. Le séjour de cetteville, que bien des François regardentcomme triste par la privation des spec-tacles, deviendrait alors le séjour desplaisirs honnêtes, comme il est celui dela philosophie & de la liberté ; & les étran-gers ne feraient plus surpris de voir quedans une ville où les spectacles décens &réguliers font défendus, on permette desfarces grossières & fans esprit, aussi con-traires au bon goût qu’aux bonnes mœurs.Cen’est pas tout : peu à peu l’exemple descomédiens de Geneve , la régularité deleur conduite, & la considération dontelle les feroit jouir, serviraient de mo-delé aux comédiens des autres nations ,& de leçon à ceux qui les ont traités juf-qu’ici avec tant de rigueur & mêmed’in-conséquence. On ne les verrait pas d’uncoté pensionnés par le gouvernement, &de l’autre un objet d’anathëme ; nos prê-tres perdraient l’habitude de les excom-munier , & nos bourgeois de les regar-der avec mépris ; & une petite républi-que aurait la gloire d’avoir réformé l’Eu-rope fur ce point, plus important peut-être qu’on ne pense.

Geneve a une université qu’on appelleacadémie , où la jeunesse est instruite gra-tuitement. Les profellèurs peuvent de-venir magistrats, & plusieurs le font eneffet devenus, ce qui contribue beau-coup à entretenir l’émulation & la célé-brité de l’académie. Depuis quelques an-nées on a établi aussi une école de dessin.Les avocats, les notaires, les médecins,Ùc. forment des corps auxquels on n’estaggrégé qu’après des examens publics, &tous les corps de métier ont aussi leursréglemens, leurs apprentissages, & leurschef’s^d’œuvres.

La bibliothèque publique est bien as-sortie ; elle contient vingt-íix mille volu-mes , & un aster grand nombre de manus-

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crits. On prête ces livres à tous les ci-toyens , ainsi chacun lit & s’éclaire : aussile peuple de Geneve est-il beaucoup plusinstruit que par-tout ailleurs. On ne s’ap-perçoit pas que ce soit un mal, commeon prétend que c’en feroit un parmi nous.Peut-être les Genevois & nos politiquesont-ils également raison.

Après P Angleterre , Geneve a reçu lapremiere ^inoculation de la petite vérole ,qui a tant de peine à s’établir en France,& qui pourtant s’y établira, quoiqueplusieurs de nos médecins la combattentencore, comme leurs prédécesseurs ontcombattu la circulation du sang , l’éméti-que , & tant d’autres vérités incontesta-bles ou de pratiques utiles.

Toutes les sciences & presque tous lesarts ont été si bien cultivés à Geneve rqu’on feroit surpris de voir la liste des fa-vans & des artistes en tout genre que cetteville a produits depuis deux siécles. Ellea eu même quelquefois l’avantage de pos-séder des étrangers célébrés , que fa situa-tion agréable, & la liberté dont on y jouitont engagés à s’y retirer. M. de Voltaire,qui depuis trois ans y a établi son séjour,retrouve chez ces républicains les mêmesmarques d’estime& déconsidération qu’ila reçues de plusieurs monarques.

Lafabrique qui fleurit le plus à Geneve ,est celle de l’horlogerie ; elle occupe plus.de cinq mille personnes , c’est-à-dire plusde la cinquième partie des citoyens. Les.autres arts n’y font pas négligés , entr'au-tres Pagriculture ; on remédie au peu defertilité du terroir à force de foins & detravail.

Toutes les maisons font bâties de pierre,,ce qui prévient très-souvent les incendies,.auxquels on apporte d’ailleurs un promptremede, par le bel ordre établi pour les.éteindre.

Les hôpitaux ne font point à Geneve ,comme ailleurs, une simple retraite pourles pauvres malades & infirmes: on yexerce l’hospitalité envers les pauvres pal-fians ; mais sur-tout on en tire une multi-tude de petites pensions qu’on distribueaux pauvres familles, pour les aider àvivre fans fe déplacer, & fans renoncer àleur travail. Les hôpitaux dépensent par