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pour voler au sublime, au pathétique,au grand. L’amour de ce beau éternel quicaractérise la nature ; la passion de con-former ses tableaux à je ne sais quelmodele qu’il a cre'é, & d'après lequel ila les idées & les sentimens du beau, fontde goût de l’homme de génie. Le besoin•d’exprimer les passions qui l’agitent, estcontinuellement géné par la grammaire& par Pusage : souvent l’idiome dans le-quel il écrit se refuse à l’expression d’uneimage qui feroit sublime dans un autreidiome. Homere ne pouvoit trouver dansun seul dialecte les expressions nécessai-res â son génie ; Milton viole à chaqueinstant les réglés de fa langue, & vachercher des expressions énergiques danstrois ou quatre idiomes difFérens. Enfin■la force & l’abondance, je ne fais quellerudesse, l’irrégularité , le sublime , le pa-thétique, voilà dans les arts le caractèred u génie ; il ne touche pas foiblement,il ne plaît pas fans étonner , il étonneencore par ses fautes.
Dans la philosophie, où il faut peut-être toujours une attention scrupuleuse ,une timidité, une habitude de réflexionqui ne s’accordent guere avec la chaleurde Pimagination, & moins encore avecla confiance que donne \e génie, fa mar-che est distinguée comme dans les arts ;il y répand fréquemment de brillanteserreurs ; il y a quelquefois de grands suc-cès. II faut dans la philosophie chercherle vrai avec ardeur & Pespérer avec pa-tience. II faut des hommes qui puissentdisposer de Tordre & de la suite de leursidées ; en suivre la chaîne pour conclure,ou Pinterrompre pour douter : il faut dela recherche, de la discussion, de la len-teur ; & Pon n’a ces qualités ni dans letumulte des passions , ni avec les fouguesde Pimagination. Elles sont le partage deTesprit étendu , maître de lui - même ;qui ne reçoit point une perception sansla comparer avec une perception; quicherche ce que divers objets ont de com-mun & ce qui les distingue entr’eux ; quipour rapprocher des idées éloignées, faitparcourir pas à pas un long intervalle ;qui pour saisir les liaisons singulières, dé-licates , fugitives, de quelques .idées voi-
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fines, ou leur opposition & leur contraste,fait tirer un objet particulier de la fouledes objets de même efpece ou d’especedifférente, pófer le microscope sur unpoint imperceptible, & ne croit avoirbien vu qu’après avoir long-tems regar-dé. Ce sont ces hommes qui vont d’ob-servations en observations à de justes con-séquences , & ne trouvent que des analo-gies naturelles: la curiosité est leur mo-bile ; Pamour du vrai est leur passion ; ledésir de le découvrir est en eux une vo-lonté permanente qui les anime fans leséchauffer, & qui conduit leur marche queInexpérience doit assurer.
Le génie est frappé de tout; & dès qu’iln’est point livré à ses pensées & subjuguépar l’enthousiasme , il étudie, pour ainsidire, sans s’en appercevoir • il est forcépar les impressions que les objets font furlui, à s’enrichir fans cesse de connoistàn-ces qui ne lui ont rien coûté; il jette furla nature des coups - d’œil généraux &perce ses abymes. II recueille dans son seindes germes qui y entrent imperceptible-ment , & qui produisent dans le tems deseffets si furprenans , qu’il est lui - mêmetenté de se croire inspiré : il a pourtantle goût de Tobíervation ; mais il observerapidement un grand espace, une multi-tude d’êtres.
Le mouvement, qui est son état natu-rel, est quelquefois si doux qu’à peine ill’apperçoit : mais le plus souvent ce mou-vement excite des tempêtes, & le génieest plutôt emporté par un torrent d’idées,qu’il ne fuit librement de tranquilles ré-flexions. Dans l’homme que Pimaginationdomine, les idées se lient par les circons-tances & par le sentiment : il ne voit sou-vent des idées abstraites que dans leurrapport avec les idées sensibles. 11 donneaux abstractions une existence indépen-dante de P esprit qui les a faites ; il réa-lise ses fantômes ; son enthousiasme aug-mente au spectacle de ses créations, c’est-à-dire , de ses nouvelles combinaisons ,seules créations de Phomme. Emporté parla foule de ses pensées, livré à la facilitéde les combiner, forcé de produire, iltrouve mille preuves spécieuses, & nepeut s’assurer d’une feule ; il construit des