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Tome XV.
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G E N

édifices hardis que la raison n’oseroit ha-biter, & qui lui plaisent par leurs pro-portions & non par leur solidité ; il ad-mire ses systèmes comme il admireroit lelan d’un poème ; & il les adopte commeeaux, en croyant les aimer comme vrais.

Le vrai ou le faux dans les productionsphilosophiques, ne font point les carac-tères distinctifs du génie.

II y a bien peu d’erreurs dans Locke &trop peu de vérités dans milord Shaftes-bury : le premier cependant n’est qu’unesprit étendu , pénétrant, & juste ; & lesecond est un génie du premier ordre.Locke a vu ; Shafresbury a créé, cons-truit , édifié ; nous devons à Locke degrandes vérités froidement apperçues,méthodiquement suivies, sèchement an-noncées ; & à Shaftesbury des systèmesbrillans, souvent peu fondés, pleins pour-tant de vérités sublimes; & dans ses mo-mens d’erreur, il plaît & persuade encorepar les charmes de son éloquence.

Le génie hâte cependant les progrès dela philosophie par les découvertes les plusheureuses & les moins attendues : il s’éleved’un vol d’aigle vers une vérité lumineuse,source de mille vérités, auxquelles par-viendra dans la fuite en rampant, la fouletimide des sages observateurs. Mais à côtéde cette vérité lumineuse , il placera lesouvrages de son imagination: incapablede marcher dans la carrière & de par-courir successivement les intervalles, ilpart d’un point & s’élance vers le but;il tire un principe fécond des ténèbres ;il est rare qu’il suive la chaîne des consé-quences; il est prime - sautier, pour meservir de l’expression de Montagne. IIimagine plus qu’il n’a vu ; il produit plusqu’il ne découvre ; il entraîne plus qu’ilne conduit. II anima les Platon, les Des-cartes, les Mallebranche, les Bacon , lesLeibnitz ; & selon le plus ou le moinsque l’imagination domina dans ces grandshommes, il fit éclorre des systèmes bril-lans , ou découvrir de grandes vérités.

Dans les sciences immenses & non en-core approfondies du gouvernement, legénie a son caractère & ses esters, aussifaciles à reconnoître que dans les arts &dans la philosophie : mais je doute que

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le génie, qui a si souvent pénétré dequelle maniéré les hommes dans certainstems dévoient être conduits , soit lui—même propre à les conduire. Certainesqualités de l’esprit, comme certaines qua-lités du cœur, tiennent à d’autres, en ex-cluent d’autres. Tout dans les plus grandshommes annonce des inconvéniens oudes bornes.

Le sang-froid, cette qualité si néces-saire â ceux qui gouvernent, sans lequelon feroit rarement une application justedes moyens aux circonstances, fans lequelon feroit sujet aux inconséquences, fanslequel on manqueroit de la présence d’es-prit ; le sang-froid qui soumet l’activité deì’ame à la raison, & qui préserve dans,tous les événemens, de la crainte, del’ivrestè, de la précipitation , n’est-il pasune qualité qui ne peut exister dans leshommes que l’imagination maîtrise? cettequalité n’est-elle pas absolument opposéeau génie ? 11 a sa source dans une extrêmesensibilité qui le rend susceptible d’unefoule d’impreffions nouvelles par lesquel-les il peut être détourné du destèin prin-cipal, contraint de manquer au secret,de sortir des loix de la raison, & de per-dre par Pinégalité de la conduite, l’ascen-dant qu’il auroit pris par la supérioritédes lumières. Les hommes de génie , for-cés de sentir, décidés par leurs goûts,par leurs répugnances, distraits par milleobjets , devinant trop , prévoyant peu ,portant à l’excès leurs désirs , leurs espé-rances , ajoutant ou retranchant fans cessibà la réalité des êtres, me paroissiens plus.faits pour renverser ou pour fonder les.états que pour les maintenir, & pour ré?tablir Tordre que pcíur le suivre.

Le génie dans les affaires n’est pas pluscaptivé par les circonstances , par les loix& par les usages, qu’il ne Test dans lesbeaux-arts par les réglés du goût, & dansla philosophie par la méthode. II y a desmomens où il fauve fa patrie , qu’il per-drait dans la fuite s’il y confervoit dupouvoir. Les systèmes font plus dange-reux en politique qu’en philosophie : l’i-magination qui égare le philosophe ne luifat faire que des erreurs; Timaginationqui égare Thomme d’état, lui lait taireHhhhhh ij