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Tome XV.
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des fautes & le malheur des hommes.

Qa’à la guerre donc & dans le conseille génie semblable à la divinité parcoured’un coup - d’œil la multitude des possi-bles , voie le mieux & l’exécute ; maisqu’il ne manie pas long-tems les affairesoù il faut attention, combinaisons, per-sévérance. Qu’Alexandre & Condé soientmaîtres des événemens, & paroissiens ins-pirés le jour d’une bataille , dans ces ins-tans où manque le tems de délibérer, &où il faut que la premiere des pensées soitla meilleure ; qu’ils décident dans ces mo-mens où il faut voir d’un coup-d’œil lesrapports d’une position & d’un mouve-ment avec ses forces, celles de son en-nemi , & le but qu’on se propose : maisque Turenne & Marlborough leur soientpréférés, quand il faudra diriger les opé-rations d’une campagne entiere.

Dans les arts, dans les sciences, danses affaires, le génie semble changer lanature des choses ; son caractère fe répandfur tout ce qu’il touche ; & ses lumièress’élançant au-delà du passé & du présent,éclairent l’avenir : il devance son lìeclequi ne peut le suivre; il laisíè loin de luil’esprit qui le critique avec raison, maisqui dans fa marche égale ne fort jamaisde l’uniformité de la nature. II est mieuxsenti que connu par l’homme qui veut ledéfinir: ce feroit à lui-même à parler delui ; & cet article que je n’aurois pas dûfaire, devroit être l’ouvrage d’un de ceshommes extraordinaires, M. de Voltaire,par exemple, qui honore ce fiecle, &qui pour connoître le génie , n’auroit euqu’à regarder en lui-même.

M. de Marmontel a traité le même su-jet y & le public nous saura gré de luifaire part des réflexions de cet écri-vain également profond & ingénieux.

On demande, dit-il, en quoi le géniedifféré du talent; le voici, ce me semble.Le talent est une disposition particulière& habituelle à réussir dans une chose : àl’égard des lettres, il consiste dans l’apti-tude à donner aux sujets que l’on traite,& aux idées qu’on exprime, une formeque l’art approuve & dont le goût soitsatisfait. L’ordre , la clarté, l’élégance , lafacilité, le naturel, la correction, la grâce

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même font le partage du talent.

L q génie est une forte d’inspiration fré-quente , mais passagère ; & son attributest le don de créer. IÍ s’ensuit que l’hommede génie s’éleve & s’abaisse tour à tour ,selon que l’in r piration l’anime ou l’aban-donne. II est souvent inculte , parce qu’ilne se donne pas le tems de perfectionner ;il est grand dans les grandes choses, parcequ’elles sont propres à réveiller cet ins-tinct sublime, & à le mettre en activité ; ilest négligé dans les choses communes, par-ce qu’elles font au-dessous de lui, & n’ontpas de quoi l’émouvoir. Si cependant ils’en occupe avec une attention forte, illes rend nouvelles & fécondes, parce quecette attention qui couve les idées, lespénétré, íîj’osele dire, d’une chaleur quiles vivifie & les fait germer, comme lesoleil fait germer l’or dans les veines durocher.

Ce qu’il y auroit de plus rare & de plusétonnant dans la nature, ce feroit un hom-me que son génie n’abandonneroit jamais;& celui de tous les écrivains qui approchele plus de ce prodige , c’est Homeredansl 'Iliade.

Si l’on demande à présent quelle est ladifférence de la création du génie } & dela production du talent ; l’homme éclairé ,sensible ,versé dans letude de l’art, n’apas besoin qu’on le lui dise ; & le grandnombre même des hommes cultivés esten état de le sentir. La production du ta-lent consiste à donner la forme, & la créa-tion du genie à donner l’étre ; le méritede l’une est dans l’industrie, le mérite del’autre est dans l’invention ; le talent veutêtre apprécié par les détails, le génie nousfrappe en masse. Pour admirer le cin-quième livre de l’ Enéide , il faut le lire ;pour admirer le second & le quatrième,il suffit de s’en souvenir , même confusé-ment. L’homme de talent pense & dit leschoses qu’une foule d’hommes auroit pen-sées & dites ; mais il les présenté avec plusd’avantage, il les choisit avec plus degoût, il les dispose avec plus d’art, il lesexprime avec plus de finesse ou de grâce.L’homme àc génie , au contraire, a unefaçon de voir, de sentir, de penser quilui est propre : si c’est un plan qu’il a conçu,