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rement saisies , imparfaitement digérées,quoique distinctes, ne seront bientôc plusque claires , ensuite confuses, puis obscu-res , & deviendront si obscures qu’eîlesse réduisent à rien. L’exernpîe de la ma-niéré dont un jeune liomme transportéen pays étranger , vient à oublier fa lan-gue maternelle apprise par routine, enseroit une preuve , si l’on n’en avoir uneinfinité d’autres.
La maniéré de voir , d’envifager unobjet, de le considérer avec attention soustoutes ses faces , de l’étudier , de rangerdans son esprit sous un certain ordre lesliées particulières qui en dépendent, des’appliquer à se rendre familiers les premiersprincipes & les propositions générales ; deíe les rappeller souvent, de ne pas s’occu-per de trop d’objets à la fois, ni d’objetsqui ayant trop de rapports peuvent se con-fondre ; de ne point passer d’un objet àI’autre qu’on ne s’en soit fait une idéedistincte s’il est possible. Tout cela formeune méthode de fe représenter les objets,de connoître , d’etudier, fur laquelle onne peut prescrire ici toutes les réglés,que l’on trouvera dans un traité de logi-que bien fait.
Convenons cependant qu’iî est des cho-ses, dont avec toute l’attention & la dispo-sition possible , on ne peut parvenir à sefaire des liées distinctes ; soit parce quel’objet est trop composé , soit parce queles parties de cette objet diffèrent trop peu.entr’elles pour que nous puissions les dé-mêler & en saisir les différences, soitqu’elles nous échappent par leur peu deproportion avec nos organes , ou par leuréloignement , soit que l’essentiel d’uneidée , ce qui la distingue de toute autre,se trouve enveloppé de plusieurs circons-tances étrangères qui les dérobent à notrepénétration. Toute machine trop compo-sée,, le corps humain , par exemple , esttellement combiné dans toutes ses parties,que la sagacité des plus habiles n’y peutvoir la millième partie de ce qu’il y su-roît à connoître, pour s’en former uneidée complettement distincte. Le micros-cope , le télescope nous ont donné à lavérité des idées plus distinctes fur des objets,qui avant ces découvertes , étoient dansTome XVIII.
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le second cas, c’est-á-dire très-obscurespar la petitestè ou l’éloignement de cesobjets, & encore combien fommes-nous.éloignés d’en avoir des idées nettes ! Laplupart des hommes n’ont qu’une idéeassez obscure de ce qu’ils entendent patle mot de cause , parce que dans la pro-duction d un effet la cause se trouve or-dinairement enveloppée, & tellement join-te à diverses choses, qu’il leur est difficilede discerner en quoi elle consiste.
Cet exemple même nous indique un.obstacle à nous procurer des idees distinctes,c’est l’imperfection & l’abus des mots com-me signes représentatifs, mais signes arbi-traires de nos idées. Voyez, MOTS , SYN-TAXE. II n’est que trop fréquent, & l’ex-périence nous montre tous les jours quel’on est dans l’habitude d’employer desmots fans y joindre d 'idées précises ; oumême aucune idée , de les employertantôt dans un sens , tantôt dans un autre ,ou de les lier à d’autres , qui en rendentla signification indéterminée , & de suppo-ser toujours comme on le fait, que lesmots excitent chez les autres les mêmesidées que nous y avons attachées. Com-ment se faire des idées distinctes avec dessignes aussi équivoques ? Le meilleur con-seil que l’on puisse donner contre cet abus rc’est qu’après s’être appliquée à n’avoir quedes idées bien nettes & bien terminées,nous n’employons jamais, ou du moins leplus rarement qu’il nous fera possible , demots qui ne nous donnent du moins uneidée claire , que nous tâchions de fixerla signification de ces mots ; qu’en celanous suivions autant qu’on le pourra , l’u-sage commun & qu’enfin nous évitions deprendre le même mot en deux sens diffe-rens. Si cette réglé générale dictée par lebon sens , étoit suivie & observée dans tousses détails avec quelque foin , les mots bien
loin d’étre un obstacle ,, deviendroient
un aide , un secours infini a la recher-che de la vérité, par le moyen d es ideesdistinctes , dont ils doivent être les. signes. C’est a article des définitions &.à tant d autres, lur Ja partie philosophi-que de la Grammaire que nous renvoyons.Quelque etendue que l’on ait donné à cetarticle, u y auroit encore bien des choses
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